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Si l'on évoque le mythe de Dracula au cinéma, quelques figures incontournables s'imposent d'emblée à nos esprits. Dandy (DRACULA, Tod Browning, 1931), carnassier (Christopher Lee), romantique (DRACULA, Francis Ford Coppola) ou "à la page" (DRACULADRACULA 2000, Patrick Lussier), le personnage de Bram Stoker adopte une multitude de styles pour mieux tromper ses jeunes et belles victimes. Fortes d'un pouvoir d'attraction dont elles ignorent la véritable nature, les demoiselles tombent régulièrement au sein des pièges ingénieusement dressés par notre séducteur. Polyvalent, ce dernier a la possibilité de s'adapter aux mœurs d'une société donnée, aussi conventionnelle soit-elle. De fait, la pièce écrite par Hamilton Deane et John Balderston en 1927, octroie au prince des ténèbres une civilité presque outrancière qui, à la scène comme à l'écran quelques années plus tard, rendit célèbre Bela Lugosi. Sensuel et raffiné, le monstre filmé par Tod Browning laissera momentanément sa place au ténébreux Christopher Lee pour resurgir dès 1977. De nouveau d'actualité, la version théâtrale connaît un véritable triomphe notamment dû au jeu tout en finesse de Frank Langella. Désirant surfer sur le succès des grosses productions horrifiques telles ROSEMARY'S BABY ou L'EXORCISTE et s'éloigner des codes vulgarisés par la Hammer moribonde, William Mirisch propose à John Badham de faire renaître le sémillant suceur de sang. Doté d'un budget confortable, le long métrage mise d'abord sur le talent des comédiens Frank Langella, Laurence Olivier, Donald Pleasence, du directeur artistique Peter Murton et du compositeur John Williams. Après LA FIÈVRE DU SAMEDI SOIR, Badham ne nous fait plus danser mais bien tourbillonner entre les bras d'un non-vivant somme toute fort désirable.

Photo : DRACULA (Bach)

Fascinées par leur nouveau voisin, les belles Mina Helsing (Jan Francis) et Lucy Seward (Kate Nelligan) ne peuvent encore réaliser que "l'homme" scellera leur destin. Toujours avide de sang neuf, le comte Dracula (Frank Langella) s'attaque d'abord à la progéniture du professeur Helsing (Laurence Olivier) lequel ne tarde pas à se rendre sur place.

Photo : DRACULA (Bach)

En dépit de quelques modifications scénaristiques, le film de John Badham s'inspire du texte original et des formules créées à l'occasion pour renvoyer le spectateur à des situations et personnages a priori convenus. Point d'incipit transylvanien ici, mais une très belle introduction qui nous présente l'arrivée du Demeter et des cercueils remplis de terre roumaine en Grande-Bretagne. Soumise aux principaux motifs du mythe, la prestation de Dracula ne surprend guère. Le comte réside dans une superbe bâtisse gothique, ne supporte pas l'eau bénite, ne peut se contempler dans un miroir, exècre l'ail et les rayons solaires. Moins sensible au crucifix que ses prédécesseurs, notre héros bénéficie tout de même d'antécédents fort appréciables qui lui permettent entre autres de se changer en loup ou chauve-souris. Fin stratège, le prince des ténèbres choisit de s'attaquer à deux charmantes demoiselles dotées de personnalités conformes à celles qui définissent leurs homologues de papier. Malgré une permutation des rôles, l'histoire oppose toujours une madone dont l'innocence attisera évidemment la convoitise du démon et une femme plus libérée, dès lors sensible au charme dévastateur d'un être qui, à ce titre, s'apparente presque à un initiateur. Entourées par trois messieurs au demeurant oiseux, les héroïnes éclairent par leur fraîcheur et leur délicatesse un long métrage apparemment focalisé sur les tourments du cœur et l'embrasement des sens. Cette perspective d'approche explique la singularité d'une mise en scène parfois grandiloquente.

Photo : DRACULA (Bach)

À l'image du déchaînement des forces cosmiques qui accompagnent l'apparition du Mal, la caméra agence une peinture dynamique du monde représenté. Un travelling optique pour exprimer la possession, divers ralentis afin d'accentuer le pathétique d'un épisode particulier et de nombreux panoramiques ; le cinéaste confère à chaque séquence une énergie vitale semblable à celle qui alimente l'interaction entre les êtres. En se perdant au sein d'une valse étourdissante ou dans les affres d'une agonie interminable, les envoûtées s'abandonneront complètement à leurs affects, désir, amour et mort. La prestation de Kate Nelligan et de Jan Francis rend parfaitement justice à l'excellence d'un scénario ouvertement dédié à la célébration d'Éros et Thanatos. Cette traversée des univers fantasmatiques liés à l'attraction irrésistible du sexe faible vers les bourreaux des cœurs et corps, sous-tend une esthétique gothique qui de fumée en clair de lune, nourrit le romantisme noir à l'origine de formidables tableaux. Vues sous cet angle, les interventions de Renfield et du fade Harker paraissent inopportunes. Et que penser de Seward trop occupé à se gaver de friandises pour percevoir les signes du danger ? Reste Van Helsing dont le charisme égalera celui de son ennemi lors d'un final mémorable.

Photo : DRACULA (Bach)

De manière générale, l'oeuvre reste fidèle à l'intertexte tout en se réservant le droit d'en conserver une seule et même lecture. La modernisation du mythe exclut tout soubassement sociologique pour au contraire privilégier la dimension archétypale de la fiction. Bram Stoker et ses contemporains appréhendaient le monstre comme une incarnation de la menace que l'intrusion d'un Étranger / Inconnu constituait pour l'Angleterre victorienne. Engoncée dans maintes tabous, cette dernière ne pouvait guère laisser le moindre intrus venir remettre en cause ses règles morales sous peine d'une contamination inéluctable. Telle une maladie, le non-vivant pourrit insidieusement un corps social alors bien obligé de se défendre. De fait, les personnages de Stoker choisissent de confronter leur adversaire à l'éclatement d'un espace-temps auquel notre figure de l'immortalité, de la lignée et de la tradition n'est guère accoutumée. La multiplicité des narrateurs, des sites géographiques et des protagonistes implique une sorte de mouvement perpétuel visant à affaiblir un pauvre vampire devant dorénavant compter avec l'étourdissant chaos de la modernité en marche. John Badham redéfinit judicieusement cette trame métaphorique pour octroyer à Dracula une portée exclusivement éthique.

Photo : DRACULA (Bach)

La réduction du cadre référentiel en un lieu unique confirme l'optique tragique du récit. Trois bâtiments (résidence des héros, du vampire et asile) encadrent l'espace au sein duquel les forces antagonistes s'affronteront. De même, Mina s'efface devant l'exubérante Lucy, manière intelligente de modifier l'enjeu de la bataille. Ici, la liberté d'esprit subit l'assaut d'une pulsion d'autant incontrôlable qu'entremêlée dans notre psyché au Sentiment. Amour et / ou Désir, les flammes de la passion embrasent littéralement la jeune femme. Reconnaissons au séducteur certains atouts non négligeables. À l'inverse de Bela Lugosi, Frank Langella exploite allègrement l'animalité et donc le potentiel sexuel du pendant littéraire. En ce sens, sa première apparition demeure significative. La caméra s'attarde au préalable sur un manteau de fourrure avant de découvrir une main. Suivant une logique équivalente, l'acteur contrebalance l'absence des adjuvants classiques du mythe (notamment les crocs) par une sobriété peut-être plus envoûtante et effrayante. Parallèlement, le directeur artistique, Peter Murton, conforme l'architecture du château à la personnalité du résident. Inspirée des édifices extravagants construits pour Louis II de Bavière, la bâtisse reflète la sauvagerie de son propriétaire en affichant une esthétique baroque dont les circonvolutions et courbes corrélatives transcrivent la référence végétale. Face au terrible prédateur, l'indépendance revendiquée de Lucy perd toute légitimité. Si le vampire de Bram Stoker aidait symboliquement Mina à s'affranchir des conventions sociales en lui faisant prendre conscience de la réalité de ses désirs enfouis, celui de John Badham remet la "femme libérée" — l'histoire se situe aux alentours des années vingt — sous la domination non plus des convenances mais au contraire de ses propres pulsions. La scène qui nous présente l'accouplement des amants, l'extraordinaire regard lancé par la victime à son bourreau, les tendres mais néanmoins fébriles caresses et les baisers empoisonnés consacrent ainsi l'extrême violence d'une relation teintée de masochisme ou le désir pour l'autre s'exerce toujours contre la vie et dans l'éternité. En bref, une belle histoire d'amour.

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Après une éruption volcanique au Mexique, deux géologues se rendent sur place pour étudier le phénomène. Ils vont bien vite découvrir qu'une catastrophe en cache une autre car le bétail ainsi que des habitants de la région sont retrouvés morts. Mais ces décès ne sont nullement liés au volcan...

Photo : BLACK SCORPION, THE (LE SCORPION NOIR)

A l'origine, la production aurait bien aimé confier la mise en scène du film à Eugène Lourié. Cependant, ce ne sera pas le réalisateur du MONSTRE DES TEMPS PERDUS qui va finalement diriger les scorpions du film mais un autre cinéaste d'origine russe. Difficile de savoir si le fait d'avoir fait s'affronter John Wayne et une pieuvre de bonne taille dans LE REVEIL DE LA SORCIERE ROUGE aura joué en faveur de Edward Ludwig pour le poste de réalisateur. A l'évidence, le film essaie de suivre les traces laissées par les fourmis rencontrées dans DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE. L'histoire se déroule dans un environnement désertique et l'épilogue prend place dans un cadre urbain alors que le son des scorpions est repris directement du film de Gordon Douglas dont il s'inspire. Néanmoins, les effets spéciaux vont être réalisés grâce à de l'animation image par image en lieu et place de peu crédibles reproductions d'insectes en taille réelle. Grâce à ce type d'animation, les scorpions du film vont ainsi effectuer des mouvements moins hésitants.

Photo : BLACK SCORPION, THE (LE SCORPION NOIR)

Pour donner vie aux créatures du SCORPION NOIR, on engage Willis O'Brien. C'est-à-dire le légendaire spécialiste qui anima le premier KING KONG. Pour le seconder, il va choisir Pete Peterson avec qui il a travaillé sur MONSIEUR JOE. Les deux hommes vont alors se partager l'animation des scorpions mais aussi de toute la faune qui peuple LE SCORPION NOIR. Et c'est probablement la plus grande des qualités du film car les deux animateurs vont réussir à produire un résultat très honorable alors que la production connaît des soucis financiers. Certaines séquences d'effets seront d'ailleurs utilisées à plusieurs reprises dans le film, très probablement pour pallier la dépense générée par la création de plans spécifiques et on rencontrera aussi quelques trucages à base de transparence, bien moins réussis que l'animation. Si l'on trouve donc des scorpions géants dans le film, l'un des passages les plus spectaculaires nous emmène sous terre dans une caverne oubliée de tous où grouillent tout un tas de créatures fort peu sympathiques. Pour certaines d'entre elles, Willis O'Brien se servira d'ailleurs de quelques modèles utilisés une vingtaine d'années auparavant dans la fameuse scène des araignées de KING KONG. C'est d'autant plus intéressant que cet intermède dans une caverne où cohabitent de nombreux insectes renvoie directement à une séquence de KING KONG qui est, à présent, totalement perdue.

Photo : BLACK SCORPION, THE (LE SCORPION NOIR)

Sur sa durée, LE SCORPION NOIR ne lésine pas sur les rebondissements spectaculaires une fois que les créatures géantes sont révélées. Déraillement d'un train provoqué par les bestioles, affrontement dans un stade... Alors, bien sûr, LE SCORPION NOIR peine un peu à démarrer avant d'en arriver là mais apparaît aussi comme un métrage plus brut et plus vulgaire que DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE par exemple. Vulgaire dans le sens où le film n'hésite pas à jouer de la facilité pour terrifier son auditoire. Ainsi, les nombreux gros plans d'une tête de scorpion peuvent prêter à sourire, car la chose est peu crédible, mais sa représentation a du être saisissante pour l'auditoire de l'époque. La bestiole bavant plus que de mesure lui donnant des airs de prédateur dégoûtant vient ainsi renforcer les attaques parfois très brutales visuellement pour un film des années 50. A l'évidence, LE SCORPION NOIR a été mis en boîte avec la seule envie de produire un effet immédiat. Cette approche directe, on va la retrouver dans les ambitions du scénario. Ici, on ne viendra pas gêner le spectateur avec des arrière pensées menant à une réflexion sur les dangers du nucléaire, comme c'est le cas dans pas mal de films du genre.

Photo : BLACK SCORPION, THE (LE SCORPION NOIR)

L'action prime et l'animation fait son effet mais LE SCORPION NOIR affiche aussi quelques soucis dans le déroulement de son scénario fort convenu. Affublé d'un pote mexicain un peu contraint d'être le spectateur, notre gentil héros américain fait chavirer le coeur de la belle jeune femme du coin et finit même par avoir dans les pattes un gamin. Alors que le film démarre sur des images lui donnant un côté documentaire et sensationnaliste, le sujet sera bien vite désamorcé par le traitement bien trop classique de ses personnages. Les spectaculaires et violentes agressions des scorpions perdent finalement de leur méchanceté au contact des relations anodines que tissent les personnages face aux événements. Notons enfin que le titre, LE SCORPION NOIR, résume le film à une seule bestiole alors que les scorpions sont, dès le début, plusieurs à commettre leurs méfaits.

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FREAKS
LA MONSTRUEUSE PARADE





Le cirque Tetrallini tire sa renommée des monstres qu'il exhibe : homme-tronc, siamoises, femme à barbe, nains, les attractions ne manquent pas. Mais en coulisse se nouent des intrigues faites d'amour et de haines. La belle Cléopâtre, secondée par Hercule, le monsieur muscle du cirque, tentent de duper Hans le nain et d'usurper sa fortune, au grand dam de Frieda, sa compagne. Mais les monstres ont leur code : «en offenser un, c'est les offenser tous».

Photo : FREAKS (LA MONSTRUEUSE PARADE)

FREAKS a échappé de justesse à l'oubli du temps : le film, produit par Irving Thalberg pour la MGM devait pourtant dépasser toute l'horreur vue au cinéma jusqu'alors. Tod Browning avait quitté cette compagnie avec laquelle il avait connu de nombreux succès avec Lon Chaney (THE UNKOWN, THE UNHOLY THREE, LONDON AFTER MIDNIGHT) pour réaliser DRACULA en 1931 (produit par Universal). La MGM souhaitait produire un film plus horrible que les grands classiques du genre produit par l'Universal. Et Browning se lance donc sur l'adaptation du roman spurs de Tod Robbins. Les résultats ne sont pas vraiment à la hauteur des espoirs puisque le film, suscitant un franc rejet, se voit interdit fréquemment aux Etats-Unis et en Angleterre. Il s'avère finalement être un gouffre financier pour le studio.

Photo : FREAKS (LA MONSTRUEUSE PARADE)

En 1962, le film est exhumé par le producteur Harry Sharock mais amputé d'environ 30 minutes, tiers du film qui manque encore de nos jours, et par conséquent sur l'édition DVD proposée par Warner. Browning rencontre alors un succès posthume auprès de la critique et du public, jusqu'à devenir un classique absolu du cinéma.

Photo : FREAKS (LA MONSTRUEUSE PARADE)

Il faut cependant bien se garder de faire de FREAKS un exemple de l'art de Tod Browning : bien sûr, il permet d'appréhender ses thèmes de prédilection et ses fantasmes, or il n'est pas une démonstration de son talent de cinéaste, eu égard à son aspect tronqué, déformé par les coupes. Mais, même tronqué, le film surprend par la pureté de sa trame narrative ; encadrée par les séquences du montreur de monstres, la 'légende' de Cléopâtre se met petit à petit en place. On assiste au début à des vignettes illustrant la vie quotidienne du cirque, exprimant majoritairement le rejet des freaks, puis petit à petit la situation tragique se met irrémédiablement en place.

Photo : FREAKS (LA MONSTRUEUSE PARADE)

On a toujours entendu, ou lu, de FREAKS qu'il était un remarquable plaidoyer pour la différence et une formidable leçon de tolérance. Pourtant, ce qui reste du film de Tod Browning dresse avant toute chose un constat déterministe d'une noirceur accablante. Les freaks n'ont en effet de perspective que celle du repli communautaire (à l'intérieur du cirque, seule structure fournissant un semblant d'existence sociale, mais au sein de laquelle ils rencontrent le même rejet qu'ailleurs). Même dans la dernière séquence, voulue par les producteurs, on passe d'une volonté d'ouverture positive, d'un happy end imposé, à l'image cinglante de l'obligation pour les nains de vivre contraints à un repli misanthrope cette fois, entre eux, alors que les deux êtres 'normaux' sont obligés de s'éclipser en douce du film, laissant les freaks à leur terrible condition. On peut donc se réjouir que cette séquence imposée ait manqué son but ; elle sonne cependant bien faux et délaie tout de même le propos principal peut-être, le plus dérangeant en tout cas, l'expression sauvage de la vengeance.

Photo : FREAKS (LA MONSTRUEUSE PARADE)

Cette vengeance a deux lectures possibles : elle est inhérente à la nature humaine, et en ce cas, la cruauté des freaks n'a d'égale que celle, doublée de cupidité d'Hercule et de Cléopâtre. Elle peut aussi, encore une fois, être l'expression la plus sordide du déterminisme, permettant à rebours de lire toute l'horreur de ce dénouement sur les visages et les corps déformés de tous les êtres de ce film. C'est donc une vision de l'humanité très sombre, sans concession, que livre Browning dans FREAKS. Pour couronner le tout, il place le spectateur dans la posture du voyeur (nous faisons partie, dans la première séquence du groupe de badauds désireux de voir des freaks que le bonimenteur appâte «Vous allez voir la plus monstrueuse créature !»), mais d'un voyeur d'emblée frustré, qui, derrière le groupe, ne peut pas s'approcher et découvrir le monstre. Browning signifie alors que Cléopâtre est rendue monstrueuse surtout par son histoire, que le physique, sa difformité, n'est qu'une déclinaison de ses défauts passés : mais alors, de quels passés difformes les autres freaks sont-ils coupables ? Faisant écho à cette séquence d'ouverture, la dernière séquence (avant la séquence ajoutée des retrouvailles des nains), permet enfin d'assouvir notre côté voyeuriste, amplifié par la connaissance des défauts moraux de la 'belle' Cléopâtre. Seul échappatoire, la présence stellaire des deux 'gentils' : Wallace Ford qui interprète le clown et Leila Hyams (THE THIRTEENTH CHAIR dirigé par Browning), la Vénus dompteuse d'animaux, permet au spectateur de trouver un semblant d'identification.


Photo : FREAKS (LA MONSTRUEUSE PARADE)

Outre le monde du cirque, qu'il se plait à mettre en scène (il avait lui-même traîné ses guêtres dans ce milieu et dans celui du théâtre), Browning développe dans FREAKS une thématique qui lui est chère ; le spectacle, les corps mutilés ou déformés (THE UNKNOWN dans lequel Lon Chaney interprète un lanceur de couteau faussement manchot), le thème du double (avec les sœurs siamoises, qui ressentent chacune les émotions de l'autre)

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THE HIDDEN





Un extra-terrestre s'infiltre dans un corps humain pour en prendre possession. Son but : tuer, piller et détruire tout ce qui se trouve sur son passage, pour ensuite passer dans un autre corps quand son enveloppe actuelle est trop détériorée. Tandis que l'inspecteur Tom Beck (Michael Nouri) essaie de comprendre comment d'honnêtes citoyens peuvent se transformer du jour au lendemain en bête sanguinaire, un curieux agent du FBI (Kyle MacLachlan) débarque de nulle part pour lui prêter main-forte.

Photo : HIDDEN, THE

Avant d'être à l'initiative du feu vert pour la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX de Peter Jackson, le studio New Line et son créateur Robert Shaye étaient à l'origine (à la fin des années 60) une toute petite structure de distribution de films d'arts et d'essais. En passant concrètement à la production au début des années 80, New Line s'oriente plus prosaïquement vers le cinéma de genre à budget restreint. Parmi leurs premiers efforts, on trouve DEMENT (ALONE IN THE DARK), une comédie noire réunissant Jack Palance, Donald Pleasence et Martin Landau. Le film est confié à Jack Sholder, un monteur des bandes-annonces du studio pour qui c'est le premier film.

Photo : HIDDEN, THE

Deux ans plus tard, en 1984, New Line touche le jackpot en produisant LES GRIFFES DE LA NUIT de Wes Craven. Le studio se hâte d'exploiter le potentiel du désormais célèbre Freddy Krueger en mettant en chantier une séquelle quelques mois plus tard. En bon lieutenant, Jack Sholder retourne derrière la caméra et livre LA REVANCHE DE FREDDY, l'un des volets les moins appréciés de la saga malgré certaines qualités. En 1987, lorsque New Line souhaite produire un authentique film d'action avec HIDDEN, c'est tout naturellement Jack Sholder qui hérite du projet. Si ce dernier est également scénariste, le script de HIDDEN est quant à lui signé par Jim Kouf (caché derrière le pseudonyme Bob Hunt). L'homme écrira plus tard, et entre autres, le premier RUSH HOUR de Brett Ratner et le remake américain de TAXI, réalisera trois films peu remarqués, ou encore sera producteur exécutif sur quelques gros calibres comme KALIFORNIA de Dominic Sena ou LES AILES DE L'ENFER de Simon West.

Photo : HIDDEN, THE

Le concept de HIDDEN ne fait pas dans la fioriture. Il mélange le film d'action, basé sur le sempiternel duo de flics que tout oppose, avec une pointe de science-fiction et d'horreur. Doté d'un budget restreint, le film n'a pour ambition que d'utiliser au mieux ses dollars pour en mettre plein la vue à son spectateur. Le film s'ouvre ainsi sur une spectaculaire course-poursuite entre des voitures de police et une Ferrari noire. Une séquence qui n'a pas le génie du William Friedkin de FRENCH CONNECTION, mais qui possède une efficacité absolument indiscutable. Ensuite, le film décide de déflorer son mystérieux alien en montrant frontalement la créature passer d'un corps à un autre. La scène, toujours aussi peu ragoûtante, n'a guère eu d'équivalent depuis. Bien entendu, après ce premier quart d'heure aussi chargé en émotions fortes, et après avoir grillé la moitié de son budget en effets spéciaux et en Ferraris (pas moins de quatre véhicules furent démolis pour l'occasion), HIDDEN opte pour un rythme de croisière plus relâché et une narration plus centrée sur ses personnages.

Photo : HIDDEN, THE

La meilleure idée du film vient peut-être de son casting principal, offrant un duo de personnages finalement atypiques pour la production de l'époque. Dans le rôle du bon flic entièrement dévoué à son travail, nous retrouvons Michael Nouri, un acteur de télé ayant connu un gigantesque succès public pour avoir incarné le petit ami de Jennifer Beals dans le très pailletté FLASHDANCE d'Adrian Lyne. Comédien plutôt classique, Nouri offre à son personnage un côté très terre-à-terre, très ancré dans le réel. Ni gros bras, ni gouailleur, Nouri compose le héros idéal à l'identification si ce n'est qu'il ne possède qu'une vision incomplète du drame qui se joue. L'agent du FBI joué par Kyle MacLachlan est le seul à connaître le noeud de l'énigme qui déroute tant la police. Doté d'un physique très gracile, MacLachlan ne rivalise pas avec Nouri sur le terrain de l'action, mais son avance psychologique lui confère les rênes du déroulement du récit. HIDDEN a donc l'intelligence de nous proposer un buddy movie avec deux personnages totalement complémentaires, justifiant cette figure souvent réduite à un héros fier-à-bras flanqué d'un sidekick gaffeur.

Photo : HIDDEN, THE


En parfait homme de goût, grand admirateur de Truffaut et de Renoir, Jack Sholder ne peut réaliser son film sans tenter une réflexion sur l'humanisation. L'alien investissant un nouveau corps bénéficiera d'un plan récurrent où il se regarde dans le miroir. Il en profitera pour s'auto-peloter après avoir intégré l'enveloppe charnelle d'une strip-teaseuse, comme il s'admirera de manière incongrue dans la glace suite à son transfert dans le corps d'un chien. Très légère, cette tentative d'intellectualisation fait l'effet d'un pétard mouillé. On préfèrera s'arrêter sur le parti pris déroutant donné au caractère de l'alien. Ce dernier est un fou de voiture de sport, adore le hard-rock FM, reluque les jolies filles et est fétichiste des armes à feu. Une caricature du rêve américain de l'époque, la fin des années 80, marqué par l'insouciance et les plaisirs matérialistes. Bret Easton Ellis prendra cette même base, en plus chic, lorsqu'il rédigera American Psycho.

Photo : HIDDEN, THE

Carré, direct et efficace, HIDDEN reste un bon spectacle près de vingt ans après sa réalisation. Le film est soigné dans son interprétation et généreux dans la fréquence de ses scènes de fusillades. Souvent classiques, ces dernières sont parfois prises de bouffées délirantes comme cet affrontement se terminant au lance roquette dans une prison (Danny Trejo, futur habitué des films de Robert Rodriguez, y fait une furtive et tragique apparition).On retiendra également la curieuse partition musicale de Michael Convertino, mélange incongru de mélodies d'ambiance furieusement syncopées par des explosions de synthés bruitistes. Présenté en compétition officielle au festival d'Avoriaz en 1988, le film décrochera le grand prix au nez et à la barbe de films comme ROBOCOP de Paul Verhoeven, AUX FRONTIERES DE L'AUBE de Kathryn Bigelow ou encore PRINCE DES TENEBRES de John Carpenter.

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En 2022, la pollution a complètement ravagé la planète, annihilant de ce fait toutes ressources naturelles et animales. Pour pallier la famine généralisée d'une population qui a explosé, le gouvernement américain distribue un produit alimentaire synthétique. A New York, l'enquête de l'agent Robert Thorn (Charlton Heston) sur la mort d'un dirigeant de la firme productrice de cet aliment va mettre à jour le terrible secret autour de sa fabrication.

Photo : SOLEIL VERT (SOYLENT GREEN)

Classique de la science fiction des années 70, SOLEIL VERT fait partie de ce courant de films d'anticipation alarmistes que l'époque produisait alors avec talent et régularité : FAHRENHEIT 451 de François Truffaut, NEW-YORK NE REPOND PLUS de Robert Clouse, SILENT RUNNING de Douglas Trumbull ou encore ROLLERBALL de Norman Jewison. Revoir à notre époque SOLEIL VERT propose un double constat : si la description du (retro) futur n'est plus très pertinente dans le détail (les vêtements et le mobilier très 70', le jeu vidéo préhistorique aperçu au détour d'un plan), le message du film est malheureusement toujours d'actualité.

Photo : SOLEIL VERT (SOYLENT GREEN)

Ouvertement écologique, SOLEIL VERT dénonce avant tout une humanité qui a irrémédiablement anéanti les ressources de la planète, pour une industrialisation frénétique et une course au profit dont les gains sont devenus plus importants que la protection de l'environnement. Force est de constater qu'à notre époque le débat nous est encore très proche, qu'il soit politique (voir le récent recul du président Bush sur le sujet), ou bien culturel (les parisiens peuvent en ce moment profiter d'une exposition dédiée à sensibiliser les visiteurs quant aux modifications climatiques liées à l'industrialisation). Au Japon, le port du masque anti-pollution est même devenu une mode vestimentaire.

Photo : SOLEIL VERT (SOYLENT GREEN)

Revoir SOLEIL VERT aujourd'hui ne dépaysera donc pas vraiment le spectateur moderne. Loin pourtant de se reposer sur son discours, Richard Fleischer (déjà réalisateur du VOYAGE FANTASTIQUE) nous concocte ici un thriller bien ficelé qui se suit avec encore beaucoup d'intérêt. Le travail effectué sur les à-côtés de l'histoire (le statut de la femme, la gestion de la surpopulation et des émeutes) est très bien vu et apporte une dimension supplémentaire à notre adhésion.

En charge d’un projet de mission spatiale, le docteur Ralph Harrison traîne des pieds faute de réussir à résoudre un point épineux. En effet, les pilotes sont mis à rude épreuve et la mission lui semble donc trop risquée pour expédier un être humain dans une fusée. Il va alors faire la connaissance du mystérieux Nordstrom qui a une solution à son problème sous la forme de Tobor !

Photo : TOBOR EL GRANDE (TOBOR THE GREAT)

Avec sous le bras un scénario de Philip MacDonald, le producteur Carl Dudley tente de monter TOBOR THE GREAT d’après sa propre idée de départ et avec l’ambition de réaliser un film en Scope et en couleurs. Mais il s’avère que le projet va être grandement revu à la baisse faute de trouver le financement nécessaire. Pour le distribuer dans les salles, Republic Pictures se montre intéressé par le projet et débloque un budget très limité. Finalement, TOBOR THE GREAT est tourné à l’économie et en noir et blanc par Lee Sholem, stakhanoviste de la pellicule qui enchaîne métrage fauché et série télévisée à la vitesse de l’éclair. Pourtant, la carrière du cinéaste débute plutôt correctement puisqu’il avait pu réaliser quelques Tarzan avec Lex Barker ou bien diriger Maureen O’Hara dans LA BELLE ROUSSE DU WYOMING. Mais il enchaînera par la suite tout et n’importe quoi lui assurant la réputation d’être un réalisateur fiable d’un point de vue économique. Sans génie, il tombe donc sur TOBOR THE GREAT et l’expédie avec professionnalisme donnant au film un rendu très statique voire télévisuel.

Photo : TOBOR EL GRANDE (TOBOR THE GREAT)

Au milieu des années 50, la conquête de l’espace en est encore à des balbutiements qui font passer le simple envoi d’une fusée dans l’espace pour la science-fiction. Cela n’empêche pas le cinéma de s’intéresser à ces nouveaux territoires inexplorés le plus souvent de manière fantaisiste. A l’instar de LA FEMME SUR LA LUNE ou DESTINATION LUNE, le scénario de TOBOR THE GREAT va s’intéresser au problème d’un voyage dans l’espace de façon quelque peu réaliste. Toutefois, si le film débute de manière très sérieuse à coups d’images d’archives, il va très rapidement se perdre en route pour ne proposer qu’une intrigue peu satisfaisante d’un point de vue scientifique. Dès que l’on entre dans la propriété du Professeur Nordstrom bourré de gadgets futuristes, TOBOR THE GREAT va surtout s’ingénier à nous raconter les mésaventures du gamin vivant dans les lieux et sa relation avec un robot futuriste. Le sujet d’un voyage spatial ne reviendra concrètement que lors de l’épilogue de l’histoire. Entre les deux, le gamin va donc jouer avec le robot pendant que des espions ont le plan de subtiliser l’être de métal pour le transformer en engin de destruction. Le traitement puéril de l’histoire, avec sa réalisation, finit d’achever un film qui aurait éventuellement pu se hisser au niveau d’un classique. Car le design de Tobor, «robot» épelé à l’envers, s’avère plutôt réussi tout comme les décors alors que les effets spéciaux, certes archaïques, sont des plus acceptables. Loin d’être un incontournable, TOBOR THE GREAT donne essentiellement la possibilité de découvrir son robot faute d’y trouver autre chose de réellement passionnant.

Photo : TOBOR EL GRANDE (TOBOR THE GREAT)

En plus de son robot, le film met en scène une brochette d’acteurs relativement anecdotiques qui ne font pas d’ombre à Tobor. Dans le genre qui nous intéresses, le film met vaguement en vedette Charles Drake, dans l’un des rôles principaux, alors qu’il était l’année précédente à l’affiche d’un METEORE DE LA NUIT le mettant un peu plus en avant. Pour donner un cachet un peu plus spectaculaire, le film va utiliser de nombreuses images repiquées ici ou là de façon à donner un côté plus grandiose à l’entreprise. Des stock-shots de tests humains en centrifugeuses ou de lancement de fusées, ressemblant étrangement aux bombes volantes V2, sont donc utilisés en grand nombre dans le film. Enfin, on peut noter que du côté de la France, TOBOR THE GREAT va changer de titre pour adopter un patronyme quelque peu mensonger. Car, il faut bien le reconnaître, LE MAITRE DU MONDE est un titre pour le moins déplacé puisque le robot n’entreprend jamais la conquête du monde.

Photo : TOBOR EL GRANDE (TOBOR THE GREAT)

Bien que le robot Tobor se soit vu expédié dans l’espace à la fin du film, cela n’empêche pas de ramener l’être de métal sur Terre pour les besoins d’une série télévisée. D’autres entorses seront faite par rapport à ce qui était décrit dans le film original mais, de toutes façons, seul un pilote sera tourné et la série ne verra pas le jour. HERE COMES TOBOR permet de retrouver le robot du titre ainsi qu’un môme interprété par un autre acteur. Cette fois, il est question d’une mission qui envoie nos deux héros sur un sous-marin nucléaire pour y affronter des pirates. Rien d’exceptionnel, cette tentative de série est à l’image du film… Bourré de stock-shots et de rebondissements infantiles qui s’avèrent encore pire que ce que l’on pouvait déjà voir dans TOBOR THE GREAT ! Peut être acceptable dans les années 50, le concept s’avère peu attrayant de nos jours. En tout cas, même à l’époque, il semblerait qu’aucune chaîne de télévision n’ait eu envie d’une telle série télévisée qui laissera ce pilote sans suite.



Article ajouté le 2008-01-11 , consulté 14 fois

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