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DRACULA ET LES FEMMES de Freddie Francis, troisième production de la firme Hammer à mettre en scène le célèbre vampire des Carpates, connaît un immense succès. La compagnie décide alors de sortir, à partir de ce moment, un Dracula par an en moyenne. Le film suivant est UNE MESSE POUR DRACULA, qui réunit les mêmes partenaires que DRACULA ET LES FEMMES, à savoir Aida Young pour la production et la compagnie américaine Warner Bros (ainsi que sa filiale anglaise Warner-Pathe Release) pour la distribution. A nouveau, le scénariste "John Elder" (en fait, Anthony Hinds) rédige le script.

Christopher Lee n'a pas caché son mécontentement à la sortie de DRACULA ET LES FEMMES, dont il jugeait le scénario inepte. Il se retrouve dans sa suite, apparemment contre sa volonté, son agent l'ayant engagé en omettant de lui demander son avis. Lee déclare alors que ce sera son dernier Dracula, avec LES NUITS DE DRACULA de Jesus Franco tourné à la même période (hors des productions Hammer). Cette prédiction allait s'avérer fausse puisqu'il apparaît, dès l'année suivante, dans LES CICATRICES DE DRACULA ! A la réalisation, on trouve un nouveau-venu : Peter Sasdy, un metteur en scène d'origine hongroise, travaillant depuis longtemps pour la télévision anglaise et appelé à diriger deux autres films Hammer (COMTESSE DRACULA et LA FILLE DE JACK L'EVENTREUR).

Il bénéficie de l'aide d'une équipe artistique très rodée, dont certains membres travaillent depuis plus de dix ans sur les films d'horreur gothique de la compagnie : le compositeur James Bernard ou le chef opérateur Arthur Grant, notamment. Enfin, une pléthore de talentueux seconds rôles britanniques est réunie, parmi lesquels l'amateur de cinéma fantastique reconnaît Geoffrey Keen (ministre de la défense britannique dans plusieurs James Bond…), John Carson (L'INVASION DES MORTS VIVANTS…), Linda Hayden (LA NUIT DES MALEFICES…), Anthony Higgins (LE CIRQUE DES VAMPIRES…)… On croise même, rapidement, une jeune Madeline Smith (avant THE VAMPIRE LOVERS et FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER).

Trois notables vivant à la campagne se réunissent, une fois par semaine et en cachette de leur famille, pour se livrer à des débauches dans une maison close de Londres. Ils y rencontrent Lord Courtley, un jeune dandy, qui leur propose de se joindre à lui pour une cérémonie de magie noire, laquelle leur permettrait d'accéder à des plaisirs insoupçonnés. Il s'agit de ramener à la vie le comte Dracula, dont les reliques ont été conservées (sa cape et son agrafe, ainsi que son sang à l'état d'une poudre rouge). Le rituel, qui se tient dans une église abandonnée, implique que les participants boivent le sang de Dracula, ramené à l'état d'une texture visqueuse après avoir été mêlée au sang du maître de cérémonie. Courtley ingurgite le breuvage maléfique et s'effondre, aussitôt après, dans d'affreuses souffrances. Terrifiés, les trois bourgeois le tuent à coups pieds et de cannes, puis s'enfuient rejoindre leurs familles. Peu après, le cadavre de Courtley se transforme en un tas de cendres, dont surgit le comte Dracula en personne ! Il jure de venger Courtley…

Dès son prologue, UNE MESSE POUR DRACULA se présente comme une suite directe de DRACULA ET LES FEMMES. Un voyageur britannique égaré, errant dans une forêt d'Europe Centrale, y rencontre Dracula dans la même situation qu'à la fin du film précédent, c'est-à-dire traversé de part en part par un grand crucifix et s'agitant désespérément, avant de s'effondrer et de se transformer en de la poudre rouge. Le commerçant récupère les restes de Dracula, qu'il va mettre à la vente dans son magasin londonien.

Initialement, les dirigeants de la Hammer, qui commencent à trouver les exigences financières de Christopher Lee trop élevées, envisagent de faire un «Dracula sans Dracula», à la manière des MAITRESSES DE DRACULA de Terence Fisher. Dans le scénario de départ, Courtley, après avoir été assassiné par les trois bourgeois, revient à la vie sous forme de vampire et se venge des trois hommes. Les dirigeants de la Hammer comptent ainsi mettre en valeur l'acteur Ralph Bates, détenteur de ce rôle, dont il compte faire une jeune star de l'épouvante, un remplaçant de Christopher Lee et de Peter Cushing en quelque sorte (ils lui ont ainsi confié le rôle du fils de Frankenstein dans LES HORREURS DE FRANKENSTEIN et de Jekyll dans DOCTEUR JEKYLL ET SISTER HYDE).

Toutefois, Warner ne l'entend pas de cette oreille, et veut absolument que Christopher Lee apparaisse dans le rôle de Dracula, quitte à devoir fournir une petite rallonge au budget. Ralph Bates voit donc son rôle limité, tandis que le personnage de Dracula n'apparaît réellement qu'à la moitié du métrage. Le scénario est alors bricolé de manière à devenir illogique. Ainsi, on s'explique mal pourquoi Dracula, si dédaigneux envers l'espèce humaine, se met soudain en tête de vouloir venger Courtley. Surtout, le procédé permettant sa résurrection semblant impliquer la mort physique de celui qui boit son sang, il est permis de penser que, de toutes façons, Courtley allait mourir, même sans l'intervention des notables !

Quoi qu'il en soit, il est difficile de bouder son plaisir devant la première partie, extrêmement réussie, de ce long métrage. Des trois notables, le plus répugnant est certainement William Hargood, interprété par Geoffrey Keen, qui se livre, en secret, aux débauches les plus malsaines, mais qui, au grand jour, réprimande hypocritement sa fille lorsque celle-ci, à la sortie, de la messe, flirte bien innocemment avec un jeune homme de son âge. Remarquablement interprété, réalisé avec raffinement et bénéficiant de décors et d'éclairages de toute beauté (l'intérieur de l'église a été construit à grands frais, spécialement pour ce film), le début d'UNE MESSE POUR DRACULA semble promettre un excellent moment d'épouvante gothique au spectateur.

Pourtant, une fois que Dracula revient à la vie, le scénario se vautre, on l'a vu, dans un illogisme de mauvais aloi. L'interprétation de Christopher Lee vire de plus en plus à la caricature, et certaines de ses interventions sont plus ridicules qu'inspirées (lorsqu'il compte ses victimes, par exemple). Le script devient alors laborieux et hésitant, alignant des mises à mort plutôt prévisibles. La mise en scène et la photographie ont beau rester soignées, elles ne compensent pas vraiment les faiblesses de cette seconde moitié, laquelle se réveille tout de même grâce à son final assez original (bien que pas tout à fait limpide dans son déroulement).

A la fois intéressant par certaines idées (les bourgeois décadents, la messe noire…), et décevant par son déroulement trop inégal et laborieux, UNE MESSE POUR DRACULA bénéficie heureusement des qualités artistiques habituelles des productions Hammer, ce qui permet de le consulter avec plaisir. Quoi qu'il en soit, ce sera à nouveau un succès satisfaisant et, en 1970, commence le tournage d'un nouveau Dracula Hammer : LES CICATRICES DE DRACULA, mis en scène par Roy Ward Baker.
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Viré des forces de police allemandes, Hofmeister essaye de se racheter aux yeux de Lohmann. Mais avant qu'il ne puisse révéler le nom du cerveau qui se cache derrière une histoire de faux billets, il sombre dans la folie. Il est alors amené à l'asile psychiatrique mais il n'y a rien à en tirer. Le même établissement abrite le fameux docteur Mabuse, qui a lui aussi basculé dans la folie après son arrestation dix ans plus tôt…

Avant de devenir un vilain cinématographique, le Docteur Mabuse est né sous la plume de l'écrivain luxembourgeois Norbert Jacques au début des années 20. Son livre sert alors à Fritz Lang pour créer une version pour les salles obscures avec LE DOCTEUR MABUSE. Une dizaine d'années s'écoulent avant que le personnage maléfique ne revienne sur les écrans avec LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE, toujours réalisé par Fritz Lang et d'après un autre livre de Norbert Jacques. Mais une nouvelle fois, le personnage disparaît pendant une trentaine d'années et ce malgré la fin ambiguë du second volet. Avec LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE, Fritz Lang signera son ultime film en ouvrant le passage à une flopée de série B signées Harald Reinl (LE RETOUR DU DOCTEUR MABUSE et L'INVISIBLE DOCTEUR MABUSE), Werner Klingler (LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE remake du film de 1932), Paul May (MABUSE ATTAQUE SCOTLAND YARD) et Hugo Fregonese (LES RAYONS DE LA MORT DU DOCTEUR MABUSE) durant la première partie des années 60. Attaché à cette série de films, le producteur et scénariste Artur Brauner s'acoquine avec Jésus Franco pour VAMPYROS LESBOS ou SHE KILLED IN ECSTASY. Ironiquement, le réalisateur espagnol devient alors le fossoyeur de la série en réalisant LA VENGEANCE DU DOCTEUR MABUSE au début des années 70 tout comme ce fut le cas pour les films de Fu Manchu produits par Harry Alan Towers (BLOOD OF FU MANCHU et CASTLE OF FU MANCHU).

Sonorisé mais sans paroles, la première scène du TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE apparaît comme un trait d'union entre le muet du LE DOCTEUR MABUSE et le parlant de sa suite, où le cinéaste reprend de façon logique Rudolf Klein-Rogge qui incarnait déjà le docteur maléfique dans LE DOCTEUR MABUSE. Mais il créé aussi un lien avec son précédent film puisque l'on peut aussi retrouver le personnage de l'inspecteur Lohmann interprété par Otto Wernicke comme dans M LE MAUDIT. Tout du moins en ce qui concerne la version allemande puisqu'à l'époque de sa réalisation, deux versions du TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE sont tournées en parallèle. L'une en allemand et l'autre en français supervisés par Fritz Lang en collaboration avec le cinéaste René Sti. A l'instar du DRACULA de Tod Browning dont il existe une version américaine et une version à destination du marché hispanique, les deux versions du TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE sont tournées dans les mêmes décors avec une sélection d'acteurs différents en fonction des rôles, ce qui permet d'assurer la distribution en deux langues du film. Au début du parlant, le doublage n'existait pas encore et cette pratique assurait de supprimer quelques barrières de langue !

S'il apparaît logique que LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE soit une suite au DOCTEUR MABUSE, sa filiation avec M LE MAUDIT n'est pas innocente. En effet, cela permet à Fritz Lang de poursuivre sa peinture d'une Allemagne qui peine à se relever de la crise économique et dont les solutions éventuelles qui se profilent à l'horizon ne sont pas forcément les meilleures. Dans le film, le chômage est ainsi évoqué par l'entremise du personnage de Kent qui faute d'un travail lui permettant de rentrer dans le rang, se lance dans le crime organisé. Une organisation criminelle secrète où les membres suivent aveuglément leur «maître», sans se poser de question puisqu'il leur assure un salaire décent ! Il est difficile de douter que le cinéaste allemand ne pointe pas du doigt certains partis politiques alors en pleine ascension. A l'époque, Goebbels fait donc interdire le film ! Une situation qui forcera Fritz Lang à l'exil dans un premier temps en France puis rapidement aux Etats-Unis où il entamera une carrière Hollywoodienne avant de retourner bien plus tard dans son pays d'origine.

Mais au-delà de sa portée socio-politique, LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE est avant tout un film policier qui verse dans l'étrange. Parmi les séquences les plus réussies du film, on notera ainsi une vision très bizarre de l'esprit déréglé d'Hofmeister lorsque Lohmann vient lui rendre visite à l'asile ou les étranges apparitions du docteur Mabuse lui conférant au passage une dimension résolument fantastique ! Plus dans l'ambiance du serial, LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE aligne aussi quelques grands moments de suspens comme la salle piégée (assez proche de celle déjà aperçue dans LES ARAIGNEES) ou un meurtre en plein jour orchestré de main de maître grâce à l'entrain des automobilistes à user de leur klaxon.


Lorsque LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE est interdit en Allemagne, le film disparaît. Mais Fritz Lang réussit à conserver une copie de la version française au moment où il s'enfuit pour la France. En ce qui concerne la version allemande, celle-ci est enfin projetée en Allemagne au début des années 50 mais dans une version plus courte. En l'an 2000, une restauration du film fut entreprise pour aboutir à une version plus longue même s'il manque encore aujourd'hui quelques fragments du film probablement perdus à jamais. Le DVD, comme celui de M LE MAUDIT vendu dans le même coffret, contient cette version restaurée en version allemande sous-titrée en français.
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C'est une matinée paisible pour le petit village de Midwich. Femmes et hommes vaquent à leurs occupations quotidiennes lorsque soudain, tous sombrent dans un inébranlable sommeil. L'armée est mobilisée mais restera impuissante jusqu'au réveil, quelques heures plus tard, de l'ensemble de la population. Alors que tout semble redevenu normal, les femmes du village découvrent une à une qu'elles sont enceintes. Le lien avec l'étrange événement passé ne fait aucun doute, d'autant qu'à l'heure des naissances, les bébés possèdent tous les mêmes caractéristiques physiques. Leur croissance intellectuelle hors normes laisse bientôt apparaître le sombre dessein de ces diaboliques rejetons : Prendre le contrôle global de notre planète.

LE VILLAGE DES DAMNES, avant d'être un excellent film, est l'adaptation d'un roman particulièrement intelligent de l'écrivain britannique John Wyndham. L'œuvre parait en 1957 sous le titre étrange de «Midwich Cuckoos» avant d'arriver deux ans plus tard sur le sol français. La traduction fidèle du nom du livre («Les coucous de Midwich») reprend donc fort logiquement l'évocation faite à ce sympathique oiseau qu'est le coucou. En effet, en plus de son chant caractéristique, ce cuculidé se démarque des autres par son attitude dite «parasitaire». A savoir que la femelle, quelque peu fainéante et intrusive, sélectionne le nid d'un autre oiseau pour y déposer son œuf. C'est donc le propriétaire du confortable logis qui devra par la suite couver la progéniture du coucou, laquelle possède d'ailleurs une durée d'incubation bien plus courte que la normale. Une fois son premier cri poussé, l'intrus coucou sera même nourri par son infortuné hôte ! Un mode de fonctionnement en parfaite adéquation donc avec les faits décrits dans le roman, à l'échelle humaine cette fois…

Bien que retitré, le long métrage réalisé en 1960 conserve l'intégralité du propos et nous confronte à une intrusion «de l'intérieur» à la manière d'un mésoparasite. Ainsi, qu'elles soient en couple, seules, veuves ou encore présentes sur les bancs de l'école, toutes les femmes en âge de féconder sont déclarées enceintes. Un événement habituellement associé à un intense bonheur qui, généralisé par «miracle», deviendra bien vite un affreux cas de conscience mettant en opposition l'instinct maternel et la crainte de l'inconnu. Car en plus des doutes et questionnements légitimes liés à n'importe quelle grossesse s'ajoute une question qui demeurera sans réponse : D'où viennent ces embryons ? LE VILLAGE DES DAMNES nous invite donc à partager l'angoisse de ces futures mères allant jusqu' à douter de l'amour qu'elles pourront porter à leur progéniture. Angoisse qui ne fera que s'aggraver à la naissance, forcément massive, des terrifiants loupiots.

A cet instant, l'intuition des femmes prend forme et leurs craintes se transmettent aux hommes. Car en effet, nous n'avons pas à faire là à de classiques bambins : Point d'émotion sur leur visage poupon, pas plus que de lien physique pouvant les rapprocher de leurs «parents». Fini les trop classiques «Qu'il est beau, il ressemble à sa mère !». Non, ces enfants font peur et ne ressemblent qu'à eux. Ils possèdent de surcroît quelques caractéristiques pour le moins étranges. Leur chevelure blonde, leur teint blafard, leur visage inexpressif et leurs yeux clairs semblent ainsi évoquer une «race supérieure» malheureusement d'actualité quelques années plus tôt. Mais, bien plus que le nazisme et les Aryens, c'est d'abord la crainte du communisme et plus globalement la guerre froide qu'évoque le métrage. Cette crainte, née au lendemain de la seconde guerre mondiale résulte des deux puissances mondiales alors en place. Tout comme la «terreur nucléaire», la guerre froide et la peur du bloc communiste occupèrent une place non négligeable au cinéma, particulièrement dans les récits fantastiques. Nous citerons pour l'exemple LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE de Christian Nyby, L'INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES de Don Siegel ou encore LA GUERRE DES MONDES de Byron Haskin.

Dans LE VILLAGE DES DAMNES, ce groupe d'enfants, envahisseurs malfaisants, est donc bien évidemment l'image métaphorique du monstre communiste vu par les pays membres de l'Otan. Image qui n'a du reste de cesse de se clarifier tout au long du métrage. Ainsi, les bébés grandissent et deviennent très vite inséparables. Plus qu'une unité physique, ces petits êtres communiquent entres eux par la pensée et possèdent un «esprit commun» (à rapprocher de «la pensée unique»). Ce que l'un des leurs sait, les autres le savent aussi. Que l'un d'entre eux soit en danger et ce sont tous ses compagnons qui entrent en guerre… Le final lui-même nous offre une image qui ne laisse aucune place au doute, celle d'un mur de brique supposé stopper la progression des démons. Ce mur de brique, c'est bien évidement celui que l'on appellera dès 1945 le «rideau de fer», une frontière séparant les deux blocs alors en opposition en Europe. Un mur qui verra du reste sa concrétisation partielle en 1961 via le mur de Berlin…

Mais laissons là ce second niveau de lecture pour nous intéresser à l'œuvre cinématographique en elle-même. LE VILLAGE DES DAMNES est donc une production britannique au budget plutôt modeste. Le choix est fait d'opter pour un noir et blanc de fort bon aloi puisqu'il participe grandement à l'ambiance générale du métrage. La campagne anglaise, d'abord paisible, devient ainsi très vite inquiétante et une touche de désespoir semble dès lors planer sur le film réalisé par un certain Wolf Rilla. D'origine allemande, l'homme oeuvrera aussi bien pour la télévision que pour le cinéma. Reste que sa carrière ne comportera qu'un seul véritable joyau et c'est bien entendu celui que nous évoquons ici même. En plus du noir et blanc, le faible budget alloué par la filière anglaise de la MGM impose un style particulier à l'œuvre. Le métrage se devra d'être très suggestif et ne pourra qu'en de très rares occasions dévoiler visuellement les conséquences des actes des enfants. Là encore, cette «restriction» est un plus qui engendrera bon nombres de séquences réellement marquantes. Parmi celles-ci, nous citerons cet homme, contraint par les petits démons d'user de son fusil contre lui-même. L'alternance des plans dévoilant le regard froid et terrifiant des enfants ainsi que celui, hypnotisé et impuissant des parents est un parfait exemple de la force dégagée par le film.

Bien entendu, ces scènes n'auraient aucun intérêt sans la présence d'enfants réellement convaincants à l'écran. Faire reposer l'atmosphère inquiétante d'un film sur les seules épaules d'enfants acteurs est une gageure mais, fort heureusement, le résultat est là et ce en partie grâce au «leader» du groupe. Ce démon miniature est incarné par le très jeune (12 ans à l'époque) acteur Martin Stephens. Si ce nom et ce visage ne vous sont pas étrangers, c'est normal puisqu'il sera aussi l'année suivante l'inquiétant interprète du petit Miles dans le chef d'oeuvre LES INNOCENTS. Un acteur tout simplement incroyable qui nous livre ici une véritable performance, mariant parfaitement la froideur des propos et la dureté du regard pour une composition à glacer le sang. Nul doute que les spectateurs-parents seront pétrifiés par la terrifiante distance que met le petit David entre lui et ses malheureux parents.

Incarnés respectivement par Barbara Shelley et George Sanders, cette mère attentive et ce père scientifique abordent tous deux leur nouveau statut de parent de manière fort différente. Bien que la nature «hors normes» puis finalement monstrueuse de leur rejeton ne fasse aucun doute, la mère ne peut que tenter de créer un lien émotionnel normalement spontané. Elle qui porta le fœtus plusieurs mois durant ne peut en aucun cas défier la nature qui lui dicte un comportement protecteur et aimant. L'attitude de son enfant est par conséquent un véritable déchirement doublé d'un échec maternel. Le choc est purement sentimental alors que pour son époux, la donne est toute autre. Très vite, le personnage de Gordon Zellaby appréhende David non pas comme son fils mais comme le sujet d'une nouvelle et étonnante expérience. Un père prend réellement conscience de son nouveau statut à la naissance de son enfant (contrairement à une mère qui «ressent» le foetus et «communique» avec lui bien avant) mais quel comportement adopter lorsqu'il est évident que l'enfant n'est pas de soi et qu'en plus, il s'agit d'une créature comme nous n'en avons jamais vu ? Gordon se montre donc particulièrement distant et, pour tout dire, presque aussi insensible que l'enfant monstrueux.

Ainsi, bien que ce soit les femmes du film qui appréhendent le mieux le malaise général occasionné par l'arrivée de ces «êtres», ce ne sont que les hommes qui pourront agir avec le détachement suffisant et nécessaire. Les tentatives seront multiples et, à dire vrai, désastreuses, chacune se soldant inévitablement par un drame. Le dénouement prendra donc la forme d'un affrontement psychologique entre les envahisseurs juvéniles et l'homme de sciences qu'est Gordon Zellaby. Un dénouement riche de sens nous montrant, conformément à la mentalité de l'époque, qu'un sacrifice individuel peut s'avérer nécessaire voire indispensable à la sauvegarde d'un monde libre. Fort de son succès, LE VILLAGE DES DAMNES engendrera une suite nommée CHILDREN OF THE DAMNED trois années plus tard. Intéressante, elle change la donne et tente coûte que coûte de se démarquer du film de Wolf Rilla. L'apparence physique des bambins est donc abandonnée, de même que leurs origines extra-terrestres et le cadre «étriqué» du petit village pour des enjeux planétaires plus probants. Le sous-texte cède aussi la place à un autre, plus orienté sur la religion même si l'«immaculée conception» donnant vie à des êtres d'exception fût déjà, peut être, l'un des thèmes sous-jacents du premier opus... Le propos de cette suite est moins «fin», le manque de budget particulièrement pénalisant et l'œuvre globalement bien moins maîtrisée. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit bien entendu là d'un film à découvrir. Le remake réalisé par John Carpenter en 1995 se révèle en revanche bien plus dispensable. Plus graphique, plus «rentre dedans», moins malin et réalisé sans inspiration, cette nouvelle vision de l'œuvre relève indéniablement de l'échec pour prétendre même au titre de «plus mauvais film de Big John». On oubliera.
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En 1958, une série de meurtres conduit à la fermeture du camp de vacances de Crystal Lake. Une vingtaine d'années plus tard, une équipe de jeunes moniteurs se rend sur place pour préparer la réouverture de l'endroit. Ce qui aurait dû être le prélude sympathique à la période estivale va se transformer en un jeu de massacre.

La création de VENDREDI 13 n'a pas du tout suivi une démarche artistique. Déjà producteur de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, Sean S. Cunningham cherche le bon filon pour continuer sa carrière. Les deux comédies familiales qu'il a produites et réalisées à la fin des années 70 ne l'aident pas à sortir de l'anonymat et il va donc reprendre la route de l'horreur en constatant que le HALLOWEEN de John Carpenter vient de triompher sur les écrans américains. A partir de là, il trouve le titre FRIDAY THE 13th et commence à démarcher d'éventuels financiers pour monter le projet. Son écriture est confié à Victor Miller, qui s'empresse donc d'aller voir HALLOWEEN pour en retirer la substantifique moelle afin de constituer le squelette de leur film. Ce qui va engendrer une dizaine de suites est, à vrai dire, une incarnation de ce que l'on pourra appeler le cinéma Bis. Comme ce terme qualifie fréquemment le cinéma populaire européen, et plus particulièrement italien, certains voient d'ailleurs dans VENDREDI 13 des influences en provenance de LA BAIE SANGLANTE que Mario Bava tourna une dizaine d'années plus tôt. Dans les deux métrages, un tueur mystérieux élimine les acteurs du film de manière brutale et à l'arme blanche. Le film de Mario Bava étant, en quelque sorte, le chaînon manquant entre le giallo italien et le slasher américain. Bien que Victor Miller n'avoue s'être inspiré que de HALLOWEEN, on retiendra d'autres similitudes avec LA BAIE SANGLANTE, ce qui met VENDREDI 13 un peu en marge des slashers. Dans le canevas habituel du slasher, le tueur est généralement défini et il ne plane donc pas vraiment de doute sur son identité. Le premier VENDREDI 13, au contraire, n'établit pas encore nettement la personnalité, pourtant très linéaire, du personnage («Moi, je tue des jeunes !»). Bien au contraire, le tueur central de la dizaine de films qui vont suivre ne sera pleinement défini que lors des deuxième et troisième chapitres (lorsqu'il se mettra un sac sur la tête, puis s'affublera d'un masque de hockey) ! Que ce soit en 1958 ou dans les années 80, le mystère plane donc sur ce qui prend un malin plaisir à découper les moniteurs du camp de vacances de Crystal Lake.

VENDREDI 13 a bénéficié d'un excellent timing car le film n'a pas à proprement parler de grandes qualités cinématographiques. Le scénario est plutôt basique jusqu'à sa révélation finale et la réalisation, toute honnête qu'elle soit, ne dépasse pas le cadre d'un film de série. A partir de là, le métrage de Sean S. Cunningham aurait très bien pu passer inaperçu. Ce ne sera pas le cas puisque le film va battre des records au box-office américain en faisant la nique à des productions aussi sérieuses que KRAMER CONTRE KRAMER. Il faut donc s'intéresser aux images du film qui apportaient leur lot de chocs en tout genre. Derrière les sanglantes mises à mort qui l'émaillent, on trouve un certain Tom Savini, qui s'était illustré en produisant les effets de maquillage de ZOMBIE. Le maquilleur va ainsi redoubler d'ingéniosité pour mettre à l'écran des images graphiquement impressionnantes (flèche qui perce une gorge, hache plantée dans une tête...). Avec ces images sensationnelles qui viennent donc épicer un cadre très réel aux yeux du jeune public visé, le choc, en 1980, est assuré. Le gore n'est pas particulièrement nouveau à l'époque mais ce film indépendant va être très largement distribué par la Paramount, toujours aux Etats-Unis, qui le prend sous son aile.

Mais ne faisons pas non plus la fine bouche face à ce VENDREDI 13. Oui, le film est une création mercantile et sa confection est d'u
Article ajouté le 2007-11-14 , consulté 12 foisCommentaires
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