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LA MARQUE
QUATERMASS 2






Un soir, Quatermass vient en aide à un couple d'automobiliste. L'homme souffre d'un étrange mal qu'il a contracté après avoir toucher les débris d'un objet tombé du ciel...

Après le succès remporté dans les salles avec LE MONSTRE, la Hammer Film va tout naturellement acquérir les droits de la seconde aventure télévisuelle du personnage de Quatermass auprès de la BBC. Mais, cette fois, la maison de production britannique va aussi recourir aux services de Nigel Kneale, créateur du personnage, puisqu'il n'est plus lié par contrat avec la BBC. C'est donc au scénariste de la version télévisée de couper dans le gras des trois heures de programme pour aboutir à un script à même de donner naissance à un métrage cinématographique à la durée raisonnable. De nombreux rebondissements sont ainsi laissés de côté pour resserrer l'histoire sur l'essentiel. Enfin, le budget sera largement plus gros que celui du film précédent avec une enveloppe d'environ 90.000 livres sterling.

Même si Nigel Kneale a toujours exprimé sa désapprobation concernant l'interprétation de Brian Donlevy dans le rôle titre, l'acteur est de retour dans cette nouvelle aventure. Ce qui paraît le plus amusant, c'est que Brian Donlevy est le seul acteur à avoir interprété le rôle à plusieurs reprises à l'écran et ce, donc, à l'encontre de l'avis du créateur du personnage. On retrouve aussi la plupart des techniciens ayant travaillé sur LE MONSTRE avec, bien sûr, le réalisateur Val Guest, le compositeur James Bernard ou encore le maquilleur Phil Leakey. Nouvelle recrue au sein de la Hammer Film, Bernard Robinson prend en charge les décors du film et il deviendra par la suite l'un des techniciens clé du succès des films d'épouvante gothique qui sont sur le point d'être lancés. Bernard Robinson embrayera d'ailleurs juste après sur FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE ! Par contre, Jack Warner ne reprend pas, quant à lui, son rôle de l'inspecteur Lomax et cède sa place à John Longden qui campe un policier au ton bien plus grave.

Sorti dans les salles anglaises avant QUATERMASS 2, le grand succès remporté par FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE ! éclipse le second métrage de la série des Quatermass. Il passera quelque peu inaperçu alors que les critiques de l'époque ne sont pas des plus tendres avec lui. Un troisième film, toujours d'après une version télévisée, sera alors mise de côté puis refera surface à plusieurs reprises avant d'être finalement concrétisé seulement une dizaine d'années plus tard avec LES MONSTRES DE L'ESPACE mais, contrairement aux deux premiers films, Nigel Kneale sera cette fois bien plus content du résultat…

LA MARQUE partage de nombreux points communs avec L'INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES ce que ne manque pas d'être noté dès que l'on parle du film de Val Guest. Mais il paraît peu probable que ce soit la source des idées de Nigel Kneale. On pourrait simplement croire sur parole le scénariste qui affirme n'avoir eu aucune connaissance du livre de Jack Finney au moment de l'écriture de QUATERMASS II, le feuilleton télévisée. Mais c'est surtout le fait que le livre paraît aux Etats-Unis la même année qu'est diffusé sur les ondes QUATERMASS II en Grande Bretagne qui permet de douter puisque, dans les années 50, l'information circulait bien moins vite que maintenant et cette piste est donc loin d'être pertinente. Plus crédible serait de citer «Les Maitres du Monde» de Robert Heinlein dont le sujet est, une nouvelle fois, très proche avec son invasion insidieuse et qui était paru quelques années auparavant. Quitte à creuser, côté cinéma, INVADERS FROM MARS a, lui aussi, des points communs avec l'histoire de Nigel Kneale. Il est donc toujours possible de spéculer…

En tout cas, un réalisateur n'a jamais caché son admiration pour la série des Quatermass jusqu'à utiliser ce nom comme pseudonyme au générique de PRINCE DES TENEBRES. On pourrait même s'amuser à trouver des points communs entre les trois films de la Hammer et certaines oeuvres de John Carpenter. Par exemple, dans PRINCE DES TENEBRES, les sans abris adoptent des attitudes assez semblables à celles des passants dans les séquences finales des MONSTRES DE L'ESPACE. Et, plus particulièrement en rapport avec LA MARQUE, on ne peut s'empêcher de penser à INVASION LOS ANGELES. Mais le sérieux du traitement de ses histoires ainsi que son personnage principal est surtout souvent vus comme le précurseur des histoires mettant en scènes d'autres enquêteurs en bute avec des extraterrestres et le surnaturel (AUX FRONTIERE DU POSSIBLE, KOLCHAK ou encore THE X-FILES).

Dans LE MONSTRE, toute l'histoire se focalisait sur l'horrible et tragique transformation qui affligeait un astronaute après son retour sur Terre. Dans cette suite, la menace extraterrestre se fait autre et plonge le personnage principal au milieu d'un complot qui a atteint les plus hautes instances. LA MARQUE est pourvu d'un récit bien plus mouvementé et, en raison de cela mais aussi à cause de l'ampleur de la menace, les éléments horrifiques sont finalement bien moins efficaces. Avec LA MARQUE, cette aventure de Quatermass est avant tout un excellent thriller paranoïaque de science-fiction qui avance à bon rythme et sur lequel viennent se greffer plusieurs passages particulièrement corsés pour l'époque. Le film sera bien sûr classé «X» comme son prédécesseur. Cette fuite en avant du récit atténue en tout cas l'ambiance purement horrifique ce qui n'empêche pas le film de se parer d'une aura inquiétante et angoissante.


Alors que le budget est en gros le double de celui du premier film, il n'y a pas non plus de quoi laisser courir son imagination pour imprimer sur la pellicule toutes les folies. Pour les décors «futuristes», la production choisi de tourner, comme pour le feuilleton télévisée, dans une raffinerie anglaise. Allié à la mise en scène de Val Guest et aux décors construits en studio par Bernard Robinson qui se substituent sans heurts dans les plans moins large, le résultat fait réellement illusion. Et pour obtenir encore plus d'ampleur, certains plans sont équipés de matte-paintings des gigantesques dômes et filmés directement avec les acteurs sans avoir recours à des effets en post-production. Bien que l'histoire soit élaguée de nombreux rebondissements (dont un passage dans l'espace) par rapport à la version télévisée, le film peut en tout cas s'offrir une bien plus grande figuration lors des scènes d'affrontements entre les gardes de l'étrange installation et les villageois.

Et, parmi ces villageois, on reconnaîtra bien évidemment Michael Ripper, ami de longue date d'Anthony Hinds, qui joue un tenancier de pub. L'acteur étant probablement celui qui a du apparaître dans le plus grand nombre de films de la Hammer. Autre tête connu, celle de John Van Eyssen déjà, lui aussi, actif au sein des films de la maison de production britannique lorsqu'il joue dans QUATERMASS 2 et bien avant qu'il ne soit le Jonathan Harker du CAUCHEMAR DE DRACULA de Terence Fisher. Et pour terminer, toujours du côté des villageois, il est aussi bon de noter John Rae qui apparaissait déjà dans la version télévisée et qui donnera de l'humanité au regard de la créature dans LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES de Val Guest toujours d'après Nigel Kneale.

Comme ce fut le cas pour LE MONSTRE, l'évocation du nom de Quatermass ainsi que la parenté avec le film précédent disparaît des titres utilisés hors du Royaume Uni. QUATERMASS 2 ou QUATERMASS II, selon certaines affiches anglaises, devient ENEMY FROM SPACE aux Etats-Unis, avec une nouvelle fois quelques coupes dans la version distribuée à l'époque, ou parfois TERRE CONTRE SATELLITE mais le plus souvent LA MARQUE en France.

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LE MONSTRE
THE QUATERMASS XPERIMENT







Une fusée se crashe dans la campagne anglaise et Quatermass, à l'origine du lancement, se rend tout de suite sur les lieux. Mais, à bord, il n'y a plus qu'un seul des trois astronautes. Celui qui a eu la chance de revenir a tout de même subi des traumatismes qui l'empêchent de raconter ce qui a pu arriver aux autres…

Durant les années 50, la télévision s'installe de plus en plus dans les foyers britanniques donnant ainsi un sérieux coup aux exploitants des salles de cinéma. Pour contrer cette concurrence, la plupart des productions doivent se tourner vers tout ce que la télévision ne peut pas apporter dans les maisonnées. Au contraire, la Hammer prend le pari d'adapter pour le grand écran des feuilletons télévisés après avoir fait de même en ce qui concerne des serials radiophoniques (DICK BARTON, THE LYONS…). Obtenant un certain succès avec ses adaptations, la Hammer ne lâche pas l'idée d'acheter les droits de programmes à la BBC…

A la même période, Nigel Kneale invente le personnage de Quatermass, dont le nom aurait été simplement trouvé en feuilletant l'annuaire téléphonique, pour un feuilleton qui ne partait pas gagnant. En effet, il se retrouve en production simplement pour boucher un trou dans la programmation d'été de la BBC. Pourtant, les six épisodes d'une trentaine de minutes de THE QUATERMASS EXPERIMENT vont connaître le succès auprès des téléspectateurs qui découvrent la chose alors que le tout est joué en direct devant la caméra. Anthony Hinds tombe sur le feuilleton et, impressionné, en touche un mot à James Carreras, alors à la tête de la Hammer Film. L'affaire est rapidement entendue avec la BBC et la Hammer adaptera pour le cinéma ce feuilleton avec un petit budget de 45.000 livres sterling. La production recrute au passage James Bernard et lui demande de composer la musique du film pour ce qui sera sa première composition à destination du cinéma. Le compositeur deviendra par la suite un musicien clé du succès des films d'épouvante qui suivront…

La réalisation est proposée tout naturellement à Val Guest qui a déjà réalisé plusieurs transpositions du petit écran vers le grand pour le compte de la Hammer Film. De prime abord, le cinéaste n'est pas spécialement emballé car il n'apprécie pas plus que cela la science-fiction. On lui fait tout de même passer le script du feuilleton avant qu'il ne parte en vacances et, à sa lecture, il change d'opinion ! Il ne reste plus qu'à tirer un film d'une durée normale à partir des trois heures d'origine. Nigel Kneale sous contrat avec la BBC n'a pas la possibilité de travailler sur le film et c'est Val Guest qui commence à rédiger un scénario. Il est bien vite rejoint par Richard Landau. Ce dernier étant imposé sur la suggestion de Richard Lippert, distributeur américain, pour s'assurer que le produit final sera aux goûts d'un public U.S. Dans le même ordre d'idée, on fait appel à un acteur déjà connu aux Etats-Unis pour interpréter le rôle principal et ce sera donc Brian Donlevy, américain mais d'origine irlandaise, qui sera choisi. Peu content de l'orientation prise par cette version cinématographique, Nigel Kneale n'aura de cesse d'exprimer sa désapprobation en particulier à l'encontre de la prestation de Brian Donlevy. Le film sera tourné aux Studios Bray, où s'est installé la maison de production britannique en 1951, avec quelques extérieurs principalement au Zoo de Londres et aux abord du château de Windsor.

Il est vrai que le Quatermass interprété par Brian Donlevy est assez différent de sa personnification télévisuelle. Il devient ici un scientifique qui laisse à la porte toutes idées sentimentales pour s'axer sur ses projets primordiaux. A un tel point qu'il est même possible de voir en lui une incarnation du Frankenstein joué par Peter Cushing quelques années plus tard toujours pour la Hammer Film. Quels que soient les échecs et leurs conséquences, il va ainsi de l'avant comme on peut le découvrir dans l'épilogue du film. Le Quatermass de Nigel Kneale était, quant à lui, bien plus modéré et moins autoritaire. Tout cela ne pèsera pas tellement dans la balance puisque hors du Royaume Uni, le personnage de Quatermass est inconnu, et cela provoque d'ailleurs l'éviction du nom du scientifique dans les titres du film à l'exportation : aux Etats-Unis, il devient THE CREEPING UNKNOWN et sera d'ailleurs raccourci de quelques minutes alors qu'en France on choisi un sobre LE MONSTRE.


Le British Board of Film Censors surveille depuis quelques temps déjà les films distribués dans le pays et vont même, durant une période, jusqu'à inspecter les scénarios avant que les films ne soient tournés. En 1951, le «X» est instauré chez les Anglais sous la houlette du comité de censure pour indiquer aux spectateurs que le film marqué de cette classification est fortement marqué d'images violentes, à connotation sexuelle ou horrible. A l'époque de la sortie du film, cette interdiction empêche les spectateurs âgés de moins de 16 ans d'accéder aux salles et donnait surtout une très mauvaise image de marque aux oeuvres qui ne rapportaient d'ailleurs jamais grand choses. Le pari de la Hammer sera premièrement d'oser la distribution du film avec le «X» mais ira même jusqu'à s'en servir astucieusement pour re-titrer son film en «Quatermass Xperiment » ! Pari osé, donc, mais réussi puisque le film va attirer un nombre conséquent de spectateurs et il sera distribué un peu partout dans le monde.

Malgré sa classification, le film amène donc de nombreux spectateurs dans les salles. Même si la Hammer avait déjà produit des films fantastiques auparavant, c'est LE MONSTRE qui va finalement marquer l'investissement de la société de production britannique dans l'épouvante et le fantastique ! A un tel point que certains des films en attente de tournage ou à l'état de simple projet sont purement et simplement annulés histoire de donner toute latitude à la nouvelle politique de la maison. X – THE UNKNOWN suit alors les traces visqueuses du MONSTRE. De par son approche, le film pourrait très bien être une nouvelle aventure de Quatermass avec une créature informe, sorte de BLOB avant la lettre, telle que l'on peut en découvrir une à l'issue du MONSTRE. Le titre même de X – THE UNKNOWN s'assurait une nouvelle fois de jouer avec la classification du comité de censure tout en évoquant quelque chose de mystérieux (la lettre «x» étant souvent utilisée pour quelque chose d'indéfini).

Val Guest n'était pas spécialement attiré par la science-fiction mais c'est l'aspect «réaliste» du traitement de l'histoire qui l'attire. Le budget restreint obligera de toutes façons à tendre vers une certaine sobriété dans les effets spéciaux pour se resserrer sur ses personnages et surtout le destin dramatique de l'astronaute Victor Carroon. Ce dernier apparaît sous les traits fatigués et torturés d'un Richard Wordsworth muet mais qui réussit à faire transparaître toute l'horreur de sa situation grâce à son jeu aidé aussi, il est vrai, par un maquillage expressif de Phil Leakey. Il est d'ailleurs intéressant de constater que le "monstre" du film peut aussi être vu comme un précurseur de la créature tragique de FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE !. Dans LE MONSTRE tout tend à rendre crédible cette histoire finalement assez simpliste et qui sera réutilisé à plusieurs reprises au cinéma de façons plus ou moins détournées avec, par exemple, LE MONSTRE QUI VIENT DE L'ESPACE de William Sachs ou même, encore plus récemment, LA MUTANTE 2.

LE MONSTRE se développe sous la forme d'un thriller de science-fiction des plus sérieux tout en nous faisant assister à un funeste drame humain débouchant sur l'horreur. Force est de reconnaître que le rigoureux traitement du récit est encore aujourd'hui plutôt efficace à l'instar de sa mise en scène. Val Guest réitérera l'expérience deux ans plus tard avec LA MARQUE, toujours d'après un feuilleton de la BBC mettant en scène le personnage de Quatermass. Ce second opus au sein de la Hammer développera une histoire plus complexe ce qui lui fera gagner en action ce qu'il perdra, finalement, en ambiance horrifique. Bien plus tard, la Hammer adaptera une nouvelle fois Quatermass avec LES MONSTRES DE L'ESPACE toujours issu de la BBC.

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LES MONSTRES DE L'ESPACE
QUATERMASS AND THE PIT






Des ossements antédiluviens puis un étrange objet métallique de grande taille sont découverts durant des travaux à l'intérieur d'une station de métro à Londres. Des archéologues sont appelés sur les lieux avant que l'armée ne soit alertée au cas où il s'agirait d'une bombe restée là après les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale…

Juste après LA MARQUE, Val Guest et Nigel Kneale se retrouve pour une nouvelle collaboration en vue d'adapter pour le cinéma une autre histoire déjà diffusée par la BBC ce qui va donner LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES avec Peter Cushing. Ensuite, il aurait été logique que la Hammer Film produise assez rapidement une version cinématographique de QUATERMASS AND THE PIT après avoir fait de même en adaptant pour le cinéma les feuilletons télévisés THE QUATERMASS EXPERIMENT et QUATERMASS II. Pourtant, même si les droits sont achetés peu après la diffusion du feuilleton en 1958, la suite se voit repoussé à bien plus tard essentiellement parce que les énormes succès de FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE ! puis du CAUCHEMAR DE DRACULA embarquent la maison de production britannique vers l'horreur gothique ! Au début des années 60, l'idée d'adapter le troisième feuilleton consacré à Quatermass ressort du tiroir où on l'avait laissé. D'autres considérations feront pourtant traîner ce projet pendant encore quelques temps…

Une dizaine d'années, environ, après LA MARQUE, Nigel Kneale se remet au travail sur l'écriture d'un scénario qui va, une nouvelle fois, condenser le feuilleton original en un film d'un peu moins d'une heure et demi. Sur le conseil d'Anthony Hinds, le site de construction est remplacé par des travaux à l'intérieur d'une station de métro de Londres. On pense évidemment à Val Guest pour diriger le film mais ses relations avec Nigel Kneale n'ont jamais été au beau fixe et, officiellement, il n'est pas possible au réalisateur d'assumer le poste en raison d'engagements sur d'autres tournages. Il en va de même de Peter Cushing pressenti par les dirigeants de la Hammer comme un remplaçant à Brian Donlevy que Nigel Kneale, créateur du personnage, a toujours dénigré. Ce sera donc à Andrew Keir de prendre la relève alors qu'il a déjà joué dans quelques films de la Hammer dont DRACULA PRINCE DES TENEBRES.

Plutôt que chercher dans le vivier de réalisateur de la Hammer Film, la production fait appel à Roy Baker reconverti dans la mise à scène à destination du petit écran et dont le film le plus marquant, ATLANTIQUE LATITUDE 41, remonte à quelques années déjà. C'est à cette période que le cinéaste est aussi obligé de changer de nom en devenant Roy Ward Baker pour éviter une confusion avec un homonyme oeuvrant lui aussi dans le cinéma et qui n'hésite pas à laisser planer le doute en sa faveur. Cette première collaboration avec la Hammer Film mènera le cinéaste à mettre en scène d'autres oeuvres pour la maison de production britannique (ALERTE SATELLITE 02, THE VAMPIRE LOVERS, LES CICATRICES DE DRACULA, DOCTEUR JEKYLL ET SISTER HYDE, LES SEPT VAMPIRES D'OR…) mais aussi pour la Amicus (ASYLUM, LE CAVEAU DE LA TERREUR…).

Alors que les films précédents mettaient en avant essentiellement des personnages masculins, cette fois Quatermass est secondé par une jeune femme prenant les traits de la jolie Barbara Shelley. Plus qu'une simple touche féminine, ce personnage va influencer considérablement le déroulement de l'histoire en devenant une figure clé de l'intrigue et placé, qui plus est, sur un même pied d'égalité que Quatermass lui-même. Une idée qui aurait été carrément inconcevable avec le personnage principal tel qu'il était campé par Brian Donlevy dans les deux précédentes versions cinématographiques. Mais cela s'avère plutôt normal dans le sens où le personnage est pour une fois proche des intentions de son auteur, à savoir bien plus humaniste et à l'écoute des autres. Cette modification s'insère de plus dans une intrigue bien plus cérébrale que la chasse au mutant extraterrestre (LE MONSTRE) ou la mise en échec d'une invasion venue d'ailleurs (LA MARQUE).

L'action du film ne se déroule plus dans les années 50 mais dans la décennie suivante. Mais certaines similitudes demeurent… LE MONSTRE et LA MARQUE portaient encore les stigmates d'une Angleterre en reconstruction suite au pilonnage du pays durant la Seconde Guerre Mondiale. Si cela n'est plus d'actualité, les vestiges de la guerre demeurent dans le film avec la présence militaire et l'évocation d'une bombe non détruite sur laquelle se sont érigés de nouveaux bâtiments. Mais il faut plus simplement y voir le contexte social dans lequel s'inscrivait l'histoire originale, écrite et diffusée à une période très proche des deux premiers Quatermass. L'anti-militarisme n'en est pourtant que plus décuplé en ravivant ce sujet plus vraiment d'actualité à la fin des années 60. Quatermass, version Andrew Keir, s'oppose à ce que ses projets scientifiques ne puissent servir dans un cadre militaire et se voit donc opposé à un militaire borné. Peut être moins perçu en tant que tel de par sa couche science-fictionnelle, LES MONSTRES DE L'ESPACE explicite aussi que les affrontements guerriers ne peuvent finalement mener qu'à une extinction.

Malgré un budget important, LES MONSTRES DE L'ESPACE se tourne étrangement vers une intrigue de science-fiction aux considérations philosophiques qui se prêtent, à priori, bien peu à des séquences spectaculaires. Comme le reste de la série, la science-fiction est traitée dans le plus grand sérieux mais le film va plus loin en donnant subtilement des explications «rationnelles» aux phénomènes surnaturels tout en démontant une part de la mythologie qui remonte à l'aube des temps. En restant ancré les pieds sur Terre, LES MONSTRES DE L'ESPACE approche aussi au passage certains des thèmes de 2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE qui sortira dans les salles à la même période que le film de Roy Baker et titille très vaguement une idée provenant des Chroniques Martiennes de Ray Bradbury. Autant dire que LES MONSTRES DE L'ESPACE, dont le titre français est bien peu approprié, continue la série dans la lignée d'une science-fiction intelligente et ambitieuse.


Avec le temps, le film n'a pas vraiment pris une ride, dans son traitement, surtout qu'il n'essaye pas de caresser ses spectateurs dans le sens du poil. De fait, l'histoire des MONSTRES DE L'ESPACE s'avère un tout petit peu exigeante envers ses spectateurs pour en saisir les tenants et aboutissants. Seule ombre au tableau, les effets spéciaux ne sont pas toujours très réussis et l'on pense essentiellement à une séquence où l'on peut découvrir des créatures extraterrestres, opérant une marche militaire et un génocide. Cette scène parait aujourd'hui bien peu convaincante (ridicule ?). Cela n'a finalement que bien peu d'importance puisqu'il ne s'agit en rien du coeur de ce film pour le moins bien ficelé ! A l'époque de sa sortie, LES MONSTRES DE L'ESPACE n'aura pas de chance puisque ses grandes qualités passeront un peu inaperçues face aux autres oeuvres de science-fiction contre lesquelles il se retrouvera sur les écrans dans la plupart des pays (au hasard 2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE).

Lorsque nous avions parlé de LA MARQUE, nous avions déjà évoqué des similitudes entre certains films de John Carpenter et la série cinématographique des Quatermass. Dans le cas des MONSTRES DE L'ESPACE, on pourrait évoquer le sujet de GHOSTS OF MARS qui propose des similitudes avec ce film ou encore, bien sûr, PRINCE DES TENEBRES pour les sans abris à l'attitude désincarnée mais menaçante ou encore l'approche scientifique du surnaturel. Mais l'élément le plus évident n'est autre que le nom Hobb's End, désignant ici la station de métro et donc les lieux qui l'entourent, repris dans L'ANTRE DE LA FOLIE. Pour en revenir au film, à l'exception de quelques extérieurs, la station de métro a été entièrement réalisée aux studios MGM de Borehamwood, des décors supervisés par l'incontournable Bernard Robinson (FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE !, LE CAUCHEMAR DE DRACULA…), où l'on peut d'ailleurs apercevoir sur les murs des affiches d'autres films de la Hammer tel que THE WITCHES dont le scénario est signé par Nigel Kneale.

Au début des années 70, il est question d'un nouveau Quatermass produit par la BBC mais cela ne se fera pas pour des raisons budgétaires. Une rumeur circula même quant à la possibilité d'une production conjointe entre la Hammer Film et la BBC pour cette nouvelle aventure télévisée dans l'idée de partager les frais. Finalement, le personnage réapparaîtra à la fin des années 70 dans THE QUATERMASS CONCLUSION puis QUATERMASS pour Thames Television. Enfin, les dernières aventures en date du personnage ont été enregistrées pour la radio au milieu des années 90 et c'est d'ailleurs Andrew Keir qui y prêtait sa voix au personnage.

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LE DEMON D'HALLOWEEN






Stan Winston est, bien entendu, avant tout connu comme un spécialiste des effets spéciaux. Après avoir été formé dans ce domaine chez Disney, il accumule les expériences à la télévision ou au cinéma (ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA...) avant que le destin ne frappe à sa porte sous la forme d'un cyborg nommé TERMINATOR. Cette production moyenne rencontre un énorme succès et accélère nettement la carrière de son réalisateur James Cameron et de Stan Winston, chargé des trucages et notamment du squelette mécanique. Les deux hommes collaborent à nouveau sur ALIENS, un projet bien plus fortuné, qui vaut à Winston un Oscar. Puis, il travaille sur L'INVASION VIENT DE MARS de Tobe Hooper, encore une grosse production, mais qui est cette fois un échec commercial. Qu'importe, puisque l'équipe de Stan Winston est désormais considérée comme l'une des meilleures d'Hollywood.

Il considère alors que le moment est idéal pour s'essayer à la réalisation, ce qui est d'autant plus vrai que, à la même époque, plusieurs maquilleurs réputés se lancent dans ce genre d'aventures, comme Chris Wallas (LA MOUCHE 2) ou John Carl Buechler (TROLL, VENDREDI 13, CHAPITRE 7 : UN NOUVEAU DÉFI...). Un budget modeste de 3,5 millions de dollars est donc alloué à Stan Winston par la compagnie de Dino De Laurentiis pour qu'il dirige LE DÉMON D'HALLOWEEN. Bien que son sujet soit centré sur un monstre créé par son studio, Winston décide de se concentrer sur la réalisation, et confie l'élaboration du monstre "Potiron" ("Pumpkinhead" en version originale) à ses collaborateurs. En ce qui concerne le casting, seul Lance Henriksen (vu peu avant dans ALIENS) peut se prévaloir d'une certaine notoriété, les autres comédiens n'ayant connu que des carrières plus discrètes. On reconnaît tout de même, parmi les adolescents, Jeff East, qui a incarné le Clark Kent adolescent de SUPERMAN.

Lors d'une virée à la campagne, une bande de jeunes citadins turbulents renverse et tue le fils de Ed Harley, un épicier pour qui son petit garçon est tout au monde. Assoiffé de vengeance, il se souvient d'une légende de son enfance, qui veut qu'une sorcière de la région soit capable de lâcher un démon aux trousses de criminels afin d'accomplir une vengeance. Il se rend chez la vieille femme, qui ramène à la vie le démon "Pumpkinhead". Celui-ci part alors en chasse, pour tuer les adolescents qui se sont réfugiés dans une maison isolée...

LE DÉMON D'HALLOWEEN bénéficie d'un arrière-plan campagnard assez original pour un film d'épouvante. Plutôt que de décrire l'Amérique profonde comme un concentré de tarés en tous genres (de 2000 MANIACS, titre vidéo, jusqu'à DÉTOUR MORTEL), il adopte le point de vue d'un épicier de l'arrière-pays, vivant avec, pour seul compagnie, son fils. Confronté à la perte de ce dernier par la faute de citadins irresponsables (le motard qui a provoqué l'accident était ivre et a pris la fuite), il demande à la rebouteuse locale d'user de son savoir occulte afin de faire s'accomplir une vengeance qu'il juge légitime.

A partir de cet argument, LE DÉMON D'HALLOWEEN va porter un regard moral et intéressant sur la notion de vengeance. Personnage a priori sympathique, Ed se rend compte, trop tard, qu'il a laissé la colère et la haine l'aveugler, jusqu'à le faire se compromettre avec les puissances maléfiques. Un lien étrange va le lier à "Pumpkinhead" : ainsi, plus la vengeance progresse, plus le démon prend une allure humaine, tandis que Ed commence à ressembler à un monstre. En invoquant l'aide des forces démoniaques, il s'est engagé à payer un tribut aux puissances de l'enfer, tribut dont il ne prend conscience que progressivement. Cette réflexion sur la haine et la colère se présente donc comme un espèce de conte rural et faustien.

LE DÉMON D'HALLOWEEN est en plus une réussite visuelle remarquable. S'il n'invente rien, il emploie tout de même astucieusement des éclairages expressionnistes forts, plongeant l'action nocturne dans des ambiances monochromes (bleu nuit ou orange) garants d'atmosphères fantastique imparables. Les décors aussi sont somptueux, que ce soit les vastes extérieurs naturels ou de superbes décors de studio. La maison de la sorcière, l'église en ruines ou le cimetière abandonné sont ainsi d'admirables réussites atmosphériques et graphiques. On peut en dire tout autant du superbe monstre conçu par les collaborateurs de Winston : cette longue silhouette efflanquée et démoniaque, toujours admirablement mise en valeur par la lumière, est une merveille, racée et impressionnante, bénéficiant, en plus, de visages (le monstre évolue physiquement tout au long du métrage) remarquablement expressifs.


Toutefois, LE DÉMON D'HALLOWEEN n'est pas aussi réussi qu'il pourrait l'être. La chasse aux adolescents par "Pumpkinhead", qui devrait pourtant être la partie la plus efficace du métrage, tend à être la plus faible. Si le personnage de Ed est décrit avec soin, on ne peut pas en dire autant des jeunes citadins, plus ou moins réduits à des stéréotypes s'agitant en vain, la plupart étant, à l'évidence, vouée à finir sur le tableau de chasse du démon vengeur. Le film tourne alors à un slasher banal, évoquant, dans une certaine mesure, JEEPERS CREEPERS 2, mais en bien moins efficace.

Partant d'un point de départ intéressant, LE DÉMON D'HALLOWEEN est un film certes inégal, mais qui bénéficie de réelles qualités visuelles et reste une oeuvre qui mérite largement le coup d'œil. Toutefois sa sortie se fera dans une certaine confusion. D'une part, les collaborateurs de Dino De Laurentiis veulent le sortir pour Halloween 1988, en tentant de le faire passer pour un film lié à cette fête, ce qui n'est pourtant pas son cas. Finalement, le titre sort en janvier 1989, et connaît un petit succès. En France, il est présenté au Festival du Film Fantastique de Paris en 1988, où il décroche le Prix de la meilleure première oeuvre. Mais, il ne sort dans notre pays, directement en vidéo, que tardivement, en 1992, sous le titre LE DÉMON D'HALLOWEEN. Plus tard, il sera tourné une suite, inédite en France : PUMPKINHEAD II : BLOOD WINGS, dans laquelle Stan Winston n'est pas impliqué. Lui, de son côté, reviendra à la réalisation de long-métrage à une seule occasion : le film d'aventures fantastiques et familiales UPWORLD (titre vidéo)

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LES SEPT VAMPIRES D'OR
THE LEGEND OF THE 7 GOLDEN VAMPIRES






Kah, un tyran chinois, se rend en Transylvanie pour y demander l'aide de Dracula. Plutôt que lui rendre cette faveur, le vampire prend la place de Kah et part pour l'Asie où il fera régner la terreur sur une petite région chinoise. Dans sa tâche, il sera aidé par des vampires locaux. Un siècle plus tard, en 1904, le professeur Van Helsing est justement en Chine pour découvrir la vérité sur la légende des sept vampires d'or…

LES SEPT VAMPIRES D'OR est certainement l'une des productions les plus étranges qu'aient pu entreprendre la Hammer Films. Dans le courant des années 70, la Hammer Films est en perte de vitesse et continue à se chercher alors que les effets sanglants et l'érotisme ne suffisent plus vraiment. Dans le même temps, Bruce Lee est devenu une star en Asie grâce à BIG BOSS et le cinéma d'arts martiaux a le vent en poupe. Pour finir d'enfoncer le clou, OPERATION DRAGON, justement une coproduction entre Hong Kong et un pays occidental, rencontre un succès international sans précédent pour ce type de film. De son côté, l'Asie a toujours fait un accueil favorable aux métrages horrifiques de la Hammer. Voilà qui donne un terrain d'entente pour la maison de production britannique et la Shaw Brothers, studio légendaire de Hong Kong.

Pour Michael Carreras, il n'est pas pour autant question de réaliser un nouveau Dracula compte tenu des résultats décevants de DRACULA 73 et DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES. Sans oublier que Christopher Lee n'a aucunement envie de rempiler après qu'on lui ait déjà forcé la main pour reprendre le rôle à moins qu'on ne lui propose, enfin, un scénario qui trouve grâce à ses yeux. Pourtant, la Shaw Brothers demande expressément l'apparition de Dracula dans le film. Michael Carreras n'aurait, paraît-il, même pas proposé le rôle à l'acteur surtout qu'il confie l'écriture à Don Houghton qui a déjà signé ceux des deux films déjà cités mettant en scène le personnage. Le projet est si pressé qu'on demande au scénariste d'assembler tous les éléments, les vampires à la Hammer et les arts martiaux, le plus rapidement possible. Il rendra une première copie sous les quinze jours qui ne sera pas du goût de Roy Ward Baker qui en demandera régulièrement des réécritures.

Mais le réalisateur Roy Ward Baker n'est pas au bout de ses surprises puisqu'il se retrouve dans les studios de la Shaw Brothers pour tourner un film dans des conditions auxquels il n'est pas vraiment habitué. Habitué à tourner à l'anglaise en son direct, il est confronté à des studios qui ne sont absolument pas insonorisés. A son arrivée, on ne lui a même pas mis à sa disposition une équipe locale de techniciens rodés aux scènes de combats d'arts martiaux. Bien qu'il soit en désaccord avec Don Houghton sur le scénario, ce dernier lui sera quand même utile puisqu'il assure la coproduction du film avec Vee King Shaw. Certains problèmes sont résolus, d'autres persistent ou apparaissent au fur et à mesure. L'expérience sera déplaisante pour le réalisateur mais aussi les acteurs dont Peter Cushing surtout lors des scènes tournées en extérieur à Shenzhen. Cela n'empêchera pas Peter Cushing d'apparaître dans SHATTER, un thriller à base d'arts martiaux, deuxième et dernier effort commun entre la Hammer Films et la Shaw Brothers.

L'un des intérêts d'une coproduction avec la Shaw Brothers est évident à la vision des SEPT VAMPIRES D'OR. La Hammer Films, en plus d'offrir des combats d'arts martiaux, obtient aussi des moyens de production bien plus développés que ceux auxquelles elle est habituée en Angleterre. Par exemple, plusieurs passages du film mettent en scène un très grand nombre de figurants, 200 paraît-il, pour des batailles rangées alors que des décors variés et souvent fastueux permettent de renouer avec la grande époque de la maison de production anglaise. Avec un

Article ajouté le 2007-11-14 , consulté 11 fois

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