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LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS
THE TIME MACHINE






L'anecdote est célèbre. Mais elle est trop belle pour ne pas la citer à nouveau ! C'est en 1895, année de l'invention du cinéma, que le britannique Herbert George Welles publie son roman La machine à explorer le temps, premier ouvrage de science-fiction de ce père fondateur du genre ! Un roman qui connut un énorme succès et orienta définitivement la carrière de cet écrivain vers l'anticipation.

Pourtant, ce ne sera pas la première de ses oeuvres à se voir transposer à l'écran. Les premiers hommes de la lune, de 1901, inspire en partie LE VOYAGE DANS LA LUNE de Méliès deux années plus tard. L'Ile du Docteur Moreau ou L'Homme Invisible connaissent, avant la seconde guerre mondiale, diverses adaptations officielles ou officieuses. Il semblerait que La machine à explorer le temps ait dans un premier temps été adapté pour la télévision britannique en 1949, en théâtre filmé diffusé en direct. Pourtant, la vraie première adaptation cinématographique de ce roman est bien celle réalisée par George Pal en 1960, pour le compte du studio hollywoodien MGM.

LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS est un projet que caresse George Pal dès la première moitié des années 50, époque à laquelle il produit des longs métrages pour la firme Paramount. Dans ce cadre, il nous offrit LA GUERRE DES MONDES, déjà d'après H.G. Wells, LE CHOC DES MONDES, QUAND LA MARABUNTA GRONDE et LA CONQUETE DE L'ESPACE. Ce dernier titre, un space opera, est un échec commercial, et George Pal s'éloigne dès lors de Paramount pour trouver refuge auprès de la MGM.

Il renonce temporairement à la science-fiction, genre cinématographique dans lequel il était pourtant un grand pionnier, et revient à la Fantasy avec TOM POUCE. En effet, Pal était auparavant spécialisé dans un fantastique légendaire et merveilleux au travers de ses "PUPPETOONS", courts métrages d'animation image par image qu'il réalisait dans les années 40. D'ailleurs, TOM POUCE est aussi pour lui l'occasion de revenir à la mise en scène, poste qu'il avait abandonné depuis longtemps.

Après TOM POUCE, il a le loisir de réaliser et produire, toujours chez MGM, un nouveau film de science-fiction : LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS. Le film doit se faire pour moins d'un million de dollar, ce qui, pour un long métrage en couleurs de la firme au lion, s'avère très raisonnable. Le film sera donc sans Star. Rod Taylor, qui joue le voyageur du temps, était un acteur spécialisé dans les seconds rôles ou la télévision. C'est donc la première fois qu'il tient le haut de l'affiche pour le cinéma. Yvette Mimieux, de son côté, était pour ainsi dire inconnue...

Le soir du 31 décembre 1899, un groupe d'hommes se réunit chez leur ami, un inventeur, pour fêter le réveillon. Leur hôte surgit dans la salle à manger, les vêtements en lambeaux, avec quelques heures de retard ! Il explique à ses hôtes qu'il vient de voyager à bord d'une machine de son invention : une machine à explorer le temps ! Il prétend ainsi avoir visiter plusieurs étapes du futur et y avoir vécu des aventures incroyables !

Lorsqu'il s'est agi de transcrire l'histoire de La machine à explorer le temps, George Pal et le scénariste David Duncan ont, à un moment, envisager de moderniser l'intrigue, en faisant de George, le voyageur du temps, un homme contemporain, vivant en 1960. Une telle modernisation aurait été dans le même sens que celle opérée pour LA GUERRE DES MONDES. Pourtant, ils renoncent et écrivent une oeuvre de science-fiction rétrospective, s'inscrivant aux alentours de 1900, en plein âge victorien.

Il faut dire qu'entre-temps est passé 20.000 LIEUES SOUS LES MERS, classique du genre dont le succès entraîna la création d'autres films inspirés par Jules Verne se déroulant dans son époque d'origine : DE LA TERRE A LA LUNE de Byron Haskin, ou encore VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE de Henry Levin. Pal troque donc Jules Verne contre H.G. Wells, son collègue britannique, et l'on ne s'étonne pas qu'il ait un temps été envisagé de confier le rôle de George à James Mason, interprète de Nemo dans 20.000 LIEUES SOUS LES MERS ou de Lindenbrook dans VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE !

Pour transposer le roman de Wells à l'écran, certains aménagements sont effectués. Dans le roman, le voyageur se rend directement dans le futur lointain où cohabitent les blonds Elois et les sinistres Morlok. Pal choisit de rajouter deux étapes dans son trajet. George fait d'abord une pause en 1917, où il apprend la terrible réalité de la première guerre mondiale. Puis, il arrive en 1966 (six ans après la sortie du film, donc), et découvrent que s'y tient une troisième guerre mondiale au cours de laquelle des satellites lancent des bombes atomiques sur Londres !

Deux épisodes qui, sans être indispensables à la suite des évènements, permettent à George Pal d'attribuer à l'histoire une dimension prophétique, en particulier sur l'atôme, que ne pouvait avoir le livre de Wells sorti en 1895. Surtout, ils dessinent avec intelligence l'histoire d'amitié entre George et son compère Filby, un sympathique écossais qui nous est présenté au début du film et dont le héros va rencontrer les descendants au cours de ses voyages. Il apprendra ainsi à quel point son ami a été fidèle et loyal à sa mémoire, des années après sa disparition à bord de sa machine à explorer le temps.

Par contre, les voyages se situant après la découverte des Elois ont disparu du film. Dans le roman, le personnage continuait à voyager toujours plus loin dans le futur et découvrait, avec horreur, la disparition de l'espèce humaine, puis celle de toute forme de vie animale sur Terre ! Une conclusion pessimiste à laquelle n'adhère pas le film qui se conclut sur un relatif happy end, en forme de point d'interrogation. Il est important de préciser que George Pal a toujours envisagé, jusqu'à sa mort en 1982, la production d'une suite à LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS. Une suite à priori assez sombre puisqu'il était prévu de faire mourir la Terre à petit feu... Une suite qui n'a toutefois jamais été filmée.

L'intérêt de faire un film de science-fiction rétrospectif est évident. Ce cocktail permet de concilier deux genres aux qualités visuelles spectaculaires. Le film historique, avec ses reconstitutions fastueuses de costumes et de décors d'époque. Et l'anticipation, avec ses mondes inédits que concrétisent les trucages du cinéma... Pour peu qu'un tel mélange soit placé dans les mains d'experts du divertissement cinématographique, nous obtenons de grands films, comme 20.000 LIEUES SOUS LES MERS ou LA MACHINE ET EXPLORER LE TEMPS. Si la production Disney avait le sous-marin Nautilus pour marquer l'imaginaire des spectateurs, le film de George Pal a, lui, la fameuse machine du titre, superbe objet victorien, rococo, dont l'esthétique raffinée contraste avec le visuel lisse et plus fonctionnel de la science-fiction contemporaine des années cinquante.


Pour restituer les images étonnantes que contemplent George lors de ses bonds temporels, George Pal déploie tout un attirail d'effets spéciaux classiques, certes, mais employés avec goût et un vrai sens de la poésie. Animation image par image, prise de vue passée en accélérée, rétroprojections... Autant de procédés simples qui nous permettent de voir changer les saisons à toute vitesse, d'assister au déplacement d'un escargot à la vitesse d'un bolide, ou encore de suivre la course du soleil, lequel parcourt dans le ciel en quelques secondes la distance qu'il couvre normalement en douze heures...

Le voyageur dans le temps, qui n'est pas nommé dans le roman narré à la première personne, est appelé George dans le film. George, comme Henri George Wells, écrivain qui se retrouve ainsi héros de sa propre histoire ! Son rôle se voit confié à Rod Taylor, comédien énergique, aussi bien crédible en scientifique poète qu'en homme d'action meneur d'hommes.

Nous avons déjà vu que George Pal rajoute dans le métrage une touchante histoire d'amitié absente du livre. Il fait de même en inventant une intrigue sentimentale entre George et Weena, la jeune Eloi interprétée avec toute la grâce requise par la très belle Yvette Mimieux. Une histoire d'amour défiant les limites du temps va alors s'esquisser, donnant lieu à une séquence à l'érotisme mignon entre George et Weena. Séquence irrésistible où, pourtant, les amants de l'an 802 701 ne feront qu'à peine esquisser un baiser !

Explorer le futur, ce n'est pas seulement conter fleurette aux jeunes filles des siècles à venir. C'est aussi découvrir avec consternation à quel point l'espèce humaine a dégénéré, en se séparant en deux races : les blonds Elois, à l'allure aristocratique, qui vivent à la surface de la Terre. Et les hideux Morlok, créatures aux yeux luisants habitants dans un immense réseau de cavernes où ils travaillent sur d'énormes machines. Pourtant, les maîtres de ce monde du futur ne sont pas forcément ceux que l'on pourrait croire au premier abord.

En dépit de toutes les qualités et trouvailles de LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS, il est tout de même permis d'émettre quelques réserves. La séquence de la destruction de Londres par une explosion volcanique recourt à des maquettes trop grossières pour ne pas jurer avec le haut niveau des autres effets spéciaux. Et si la description de l'univers diurne des Elois s'avère des plus convaincante, le passage dans la caverne des Morlok peut sembler un peu expédié, alors qu'il devrait s'agir d'un des summums du métrage. Voilà pour le coin de l'"objectivité critique"...

Maintenant, cela ne retire rien aux grandes qualités de ce beau spectacle en couleurs, fresque de science-fiction à la fois touchante et spectaculaire. LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS constitue un des sommets de la carrière de ce grand nom du fantastique que fut Mister George Pal ! A sa sortie, le film connait d'ailleurs un grand succès commercial et gagne l'Oscar des meilleurs effets spéciaux. Comme on l'a vu plus haut, George Pal envisage de lui donner une suite. Pourtant, son long métrage suivant s'avère ATLANTIS, TERRE ENGLOUTIE, un mélange de péplum... et de science-fiction, bien sûr !

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LA MAISON QUI TUE
THE HOUSE THAT DRIPPED BLOOD





Un acteur disparaît de sa maison sans laisser de traces. L'inspecteur Holloway se rend sur les lieux du crime et découvre que d'étranges locataires y ont également résidé. Un policier local va lui présenter l'agent immobilier, un homme au nom évocateur de AJ Stoker, et lui raconter quelques curieuses histoires…

Ainsi débute ce film à sketches produit par la Amicus, déjà à l'origine d'autres anthologies : LE TRAIN DES EPOUVANTES (1965), LE JARDIN DES TORTURES (1967), ASYLUM (1972), HISTOIRES D'OUTRE TOMBE (1972), LE CAVEAU DE LA TERREUR (1973), FRISSONS D'OUTRE TOMBE (1973) et LE CLUB DES MONSTRES (1980). Ces oeuvres sont souvent confondues avec celles produites par la Hammer en ce sens qu'elles partagent non seulement un style visuel gothique similaire mais surtout certains acteurs. Ainsi, nous retrouvons Peter Cushing et Christopher Lee, deux légendes que l'on ne présente plus, à l'affiche de deux segments différents, ainsi que la sulfureuse Ingrid Pitt.

Aux commandes du scénario se trouve l'écrivain américain Robert Bloch, auteur de d'une multitude de nouvelles ayant pour la plupart figuré dans une anthologie ou un magazine littéraire. Parmi ses nombreux romans de suspense et horreur, le plus représentatif reste sans doute PSYCHOSE, pour lequel il écrivit deux séquelles et qui seront toutes adaptées au cinéma avec plus ou moins de succès. L'auteur fut également un ami épistolaire de Lovecraft et sous son influence créatrice, Robert Bloch écrivit plusieurs nouvelles autour du mythe de Cthulhu et inventa son propre ouvrage, De Vermis Mysteriis, au contenu similaire au réputé Necronomicon. Ses travaux de scénariste incluent beaucoup de séries télé dont le format raccourci par rapport à un long métrage demande un traitement plus concis. De même, son talent de nouvelliste le prédisposait naturellement à travailler pour des films à sketchs et l'on peut dire que le résultat est de qualité.

La première histoire, "Method For Murder", présente Charles et Alice Hillyer, un écrivain qui emménage avec sa femme dans la dite maison. Des bruits inexpliqués et l'apparition étrange de l'un de ses personnages fictifs vont déranger la paix des lieux et provoquer l'inévitable tragédie.

L'idée du créateur hanté par sa propre invention est une constante dans la vie des artistes. L'ouvrage de référence reste le Frankenstein de Mary Shelley avec lequel on peut faire un parallèle évident. Le personnage fictif créé par Charles Hillyer n'est pas non plus sans rappeler le physique du malheureux immortalisé par Boris Karloff dans le FRANKENSTEIN de 1931. Evidemment, la créature ayant pris vie va s'attaquer à ce que son inventeur possède de plus cher, c'est à dire sa femme. Mais tout n'étant pas exactement ce il paraît et l'écrivain n'est pas au bout de ses surprises ni de ses peines.

La mise en scène est très réussie, incorporant une bande son des plus efficaces. De tranquille et reposante, l'ambiance devient graduellement oppressante et menaçante à travers les bruitages (tic-tac de l'horloge, escalier qui grince…) sans oublier des visions furtives d'une apparition effrayante sortie tout droit d'un cauchemar. L'infortuné écrivain est interprété par Denholm Elliott, le Marcus Brody qui participe aux aventures d'Indiana Jones, dont le jeu subtil souligné par une nervosité sous-jacente contribue grandement à la réussite de ce segment. Sa femme est campée par Joanna Dunham, la Marie-Madeleine de LA PLUS GRANDE HISTOIRE JAMAIS CONTEE mais qui a surtout oeuvré à la télévision, le plus récemment dans un téléfilm sur la vie de la princesse Diana.

Dans "Waxworks", Philip Grayson est un courtier à la retraite. Durant une balade dans un village, il entre dans un musée de cire et va recevoir le choc de sa vie sous la forme d'une statue ressemblant en tout points à une femme envoûtante de son passé.

Le thème récurrent de cette anthologie est celui de la femme et ses trahisons. En effet, la gent féminine est dépeinte de façon très négative, dépourvue de morale et d'amour, dont même la mémoire reste salie. Ce segment porte le jugement à son paroxysme, nous présentant une jeune femme frivole et violente dont l'influence s'étend au-delà de sa mort dans une ambiance macabre à souhait. Le musée est peuplé de personnages criminels divers et ne lésine pas sur les chocs gratuits. Les effets spéciaux sont assez exceptionnels pour l'époque, la plus grande surprise étant les têtes coupées dont une qui vous réserve une délicieuse surprise à la fin.

Philip Grayson est joué par le légendaire Peter Cushing qui livre une prestation admirable, évoluant avec sa classe habituelle dans cette histoire d'amour fatal. Il n'est pas seul dans son obsession - à ses côtés se trouvent le propriétaire des lieux, joué par Wolfe Morris, et un autre ancien prétendant de la belle, campé par Joss Ackland. Le gagnant de la partie ne sera pas le candidat le plus évident…


Vient ensuite "Sweets to the Sweet" où John Reid emménage avec sa fille Jane, une enfant réservée, dans la bâtisse. Sa préceptrice, Ann Norton, prend rapidement la place de figure maternelle. Bien qu'en désaccord avec le père, elle va tenter de venir à bout de la mélancolie supposée de la petite, une façade masquant un intérêt inquiétant pour la sorcellerie.

Le troisième segment est dominé par la présence de Christopher Lee, loin du romantisme gothique de ses rôles plus connus sous la cape du Conte Dracula. L'acteur s'impose en père autoritaire qui refuse tout plaisir à sa fille sous prétexte que cela risquerait de la corrompre. Son refus devant le dialogue installe une profondeur psychologique dans cette histoire faite de non-dits et indéniablement la plus réussie du film.

Jane est jouée par la jeune Chloe Franks à qui la Amicus confiera un nouveau rôle deux ans plus tard dans leur anthologie HISTOIRES D'OUTRE TOMBE. Sa composition ici est d'une justesse remarquable, passant de fragile à manipulatrice tout en restant crédible. Dans le rôle d'Ann Norton, nous trouvons la belle Nyree Dawn Porter, retournée à la télé depuis. Elle incarne l'image un peu cliché de ce qu'on attend d'une nurse anglaise mais sa légèreté est un facteur bienvenu dans ce segment empreint de morbidité.

La dernière histoire, "The Cloak", concerne enfin celle de l'acteur disparu dont nous avons entendu parler dans l'introduction. Paul Henderson est un homme arrogant qui tourne un film de vampires. Son désir d'authenticité le conduit à une petite boutique de curiosités où le propriétaire va lui vendre une cape plus vraie que nature.

Pour cette dernière histoire, l'originalité n'est pas de mise mais le réalisateur l'a bien compris. Il se rattrape avec le personnage principal de l'acteur : Son allure, ses manies, les moqueries gentilles de l'équipe de tournage à son encontre, et surtout, avec la présence des décolletés avantageux de la pulpeuse Ingrid Pitt (THE VAMPIRE LOVERS, COMTESSE DRACULA, THE WICKER MAN…). Autant le dire tout de suite, cette charmante créature envahit l'écran de sa douceur, installant une ambiance semi-érotique à laquelle personne ne saurait résister, à commencer par Jon Pertwee (l'un des Docteur Who) qui campe l'acteur perfectionniste. Ce segment est également le seul à comporter une bonne dose d'humour volontaire, potache mais sans jamais verser dans le ridicule.

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LA MALEDICTION DE LA MOUCHE
CURSE OF THE FLY






Les expérimentations sur la téléportation de la matière continue de plus belle au sein de la famille Delambre. Et le système fonctionne relativement bien puisqu'ils réussissent à envoyer à plusieurs milliers de kilomètres des objets. Patricia, échappé d'une clinique psychiatrique, va entrer au sein de cette famille pour découvrir que la téléportation n'est pas totalement au point !

Après la moitié d'une année consacrée à la direction de la seconde équipe de tournage de CES MERVEILLEUX FOUS VOLANTS DANS LEURS DROLES DE MACHINES, Don Sharp est plutôt frustré. Attendre des vents favorables pour placer dans les airs des aéroplanes capricieux de manière à mettre en boîte quelques plans, cela s'est avéré pour lui moralement fatigants. Il n'a donc qu'une envie, celle d'embrayer sur un film aux conditions de réalisation moins éprouvantes et qu'il lui sera possible de filmer à un rythme normal. Ayant tourné auparavant WITCHCRAFT pour le compte de la boite de production de Robert Lippert, ce dernier lui propose de s'associer à nouveau. Il lui fait part du projet de tourner une seconde suite à LA MOUCHE NOIRE qui sera bien évidemment distribuée par la Fox à travers le monde. Un film de commande que Don Sharp va accepter même s'il n'est pas vraiment emballé par le sujet.

Si LE RETOUR DE LA MOUCHE osait nous resservir un homme à moitié transformé en mouche, il aurait sûrement été un peu gros de tenter une nouvelle fois le pari de la coïncidence dramatique. Dans LA MALEDICTION DE LA MOUCHE, il n'y a donc carrément pas de mouche ! Cela peut s'avérer plutôt frustrant pour ceux qui espéraient retrouver ici un personnage déambulant avec une grosse tête d'insecte. Mais la production est sûrement consciente que cela serait une erreur d'essayer de s'entêter dans cette voie. Le scénario de Harry Spalding prend donc le parti de proposer une véritable suite où l'on va suivre la même lignée familiale toujours obsédée par la téléportation et les méfaits qui l'accompagnent !

Henri Delambre et ses fils reprennent le flambeau. Toutefois, là où André et Philippe Delambre, respectivement dans LA MOUCHE NOIRE et LE RETOUR DE LA MOUCHE, étaient des scientifiques travaillant dans le cadre d'une certaine éthique, il n'en va pas de même en ce qui concerne leur descendance. En effet, Henri Delambre s'avère bien plus proche du docteur Frankenstein tel qu'il est décrit dans les films de la Hammer que du docteur Schweitzer. Ainsi, la réussite de l'expérience et les bienfaits que cela pourrait apporter l'emporte sur des considérations morales. Le téléporteur sert alors bien vite à des fins que l'on pourrait qualifier de peu orthodoxe voire même de criminelle. Le récit développé dans le film tisse donc une histoire qui n'a plus rien à voir avec celles dispensées par ses prédécesseurs. D'ailleurs, le scénario d'Harry Spalding développe bien plus de nouveaux éléments dans son récit que tout ce que l'on a pu voir auparavant.

Après avoir incarné les vilains à l'écran, Brian Donlevy se rachète une conduite. Il devient même un scientifique plutôt bénéfique, bien s'il s'avère assez dur, dans les deux premiers Quatermass réalisés pour le compte de la Hammer Films : LE MONSTRE et LA MARQUE. Mais ça ne dure pas puisqu'en retournant vers la science, il va redevenir bien peu sympathique en incarnant le patriarche autoritaire des Delambre dans LA MALEDICTION DE LA MOUCHE. Le reste du casting s'avère bien plus anecdotique si l'on excepte la présence de Burt Kwouk qui connaîtra, en quelque sorte, la consécration en incarnant le serviteur de Clouseau dans la série des Panthères Roses.


L'actrice Carole Gray lance le film avec une minuscule, mais percutante, séquence pré-générique qui donne le ton. Le spectateur se retrouve tout de suite dans une ambiance étrange des plus réussi. Mais, soyons honnête, le reste du film sera un peu différent. Le bizarre et l'étrange seront présent mais de manière bien plus classique et moins rythmée que cette scène qui ouvre sur les chapeaux de roue le film. Le développement de l'histoire a, en fin de compte, un côté un peu commun et prend au passage des accents gothiques dans la façon dont l'héroïne explore le mystère qui l'entoure. Bien plus que dans le film précédent, cette MALEDICTION DE LA MOUCHE emprunte la route du film d'épouvante avec ses secrets enfermés derrière des portes closes, son piano qui joue une mélodie en pleine nuit… L'histoire de cette suite a donc le mérite d'être bien plus ambitieuse que celle du RETOUR DE LA MOUCHE.

Il faut trouver une substitution aux effets chocs d'un homme à moitié transformé en mouche. Le problème est rapidement résolu grâce aux dérives des expérimentations de la famille Delambre qui amène quelques situations forts cruelles (certaines étant très vaguement reprise dans LA MOUCHE 2 de Chris Walas). LA MALEDICTION DE LA MOUCHE se permet même un pur moment d'horreur psychologique lorsque la seule issue pour l'un des personnages est d'achever à coups de hache une créature polymorphe. Toutefois, cette MALEDICTION DE LA MOUCHE est des plus inégale. Certains passages manquent de rythme et on s'appesantit parfois sur des détails peu importants en regard du reste.

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MYSTERIOUS ISLAND






Dans la filmographie des collaborations entre Charles H. Schneer et Ray Harryhausen, L'ILE MYSTERIEUSE arrive après deux oeuvres de Fantasy ayant connu de jolis succès : LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD et LES VOYAGES DE GULLIVER, tous deux tournés en Europe. Pour leur projet suivant, les deux hommes s'aperçoivent que les adaptations cinématographiques de Jules Verne sont très en vogue depuis 20.000 LIEUES SOUS LES MERS, filmé pour le studio Disney par Richard Fleischer. United Artists distribua LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS, Warner se fend d'un DE LA TERRE A LA LUNE et la Fox produit un VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE. De son côté, Columbia envisage d'adapter L'ILE MYSTERIEUSE, et en confie l'écriture à Crane Wilbur, dramaturge et réalisateur prestigieux aux Etats-Unis. Mais ce projet s'embourbe comme Columbia le juge trop onéreux.

Heureusement, Charles H. Schneer et Ray Harryhausen, fidèles pourvoyeurs de films pour Columbia depuis LE MONSTRE VIENT DE LA MER, récupèrent ce projet et le font largement remanier par deux autres scénaristes. Ils prévoient de le tourner en Europe, et plus précisément en Espagne pour les extérieurs exotiques, et en Grande-Bretagne pour le travail en studio (comme cela avait déjà été le cas pour LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD et LES VOYAGES DE GULLIVER). Pour la mise en scène, on recrute Cy Endfield, réalisateur hollywoodien qui fut contraint de quitter Hollywood et d'aller travailler en Grande-Bretagne après avoir été "blacklisté" au temps du Maccarthysme. Trois ans après L'ILE MYSTERIEUSE, il signe ZOULOU, un chef-d'oeuvre du cinéma d'aventures britannique…

Une adaptation littérale de L'ILE MYSTERIEUSE n'offrirait pas beaucoup de travail à Ray Harryhausen, puisqu'on y trouve aucun monstre surnaturel. Dans un premier temps, il est prévu de faire de l'île une enclave préhistorique où auraient survécu des dinosaures, comme le plateau du MONDE PERDU ou l'île du Crane de KING KONG. Mais cette idée est jugée démodée, et l'on préfère s'orienter vers un thème plus dans l'air du temps : les animaux mutants, comme les insectes rendus géants par la radioactivité de DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE ou de TARANTULA, tous deux tournés dans les années 50. Au sein d'une distribution mêlant comédiens anglais et américains, on remarque la présence de Herbert Lom, acteur européen qui marqua particulièrement le public international dans la comédie anglaise TUEURS DE DAMES, ce qui lui ouvrit les portes des superproductions : il est Napoléon dans GUERRE ET PAIX de King Vidor, Hérode dans le péplum biblique SIMON LE PECHEUR de Borzage, et, enfin, le capitaine Nemo dans cette ILE MYSTERIEUSE

Durant la guerre de sécession, des soldats nordistes parviennent à s'échapper d'une prison sudiste au cours d'une tempête. Il s'évade à bord d'un dirigeable, censé être utilisé pour des observations de champs de bataille. Malheureusement, cet aérostat est endommagé, si bien que le ballon et ses passagers dérivent dans la tourmente, jusqu'à ce qu'ils écrasent sur un rivage. Les infortunés fugitifs se retrouvent sur une île apparemment dénuée d'habitants et perdue au milieu du pacifique. Il leur faudra s'organiser pour survivre…

En 1874, cinq ans après la publication de "Vingt Milles lieues sous les mers", Jules Verne publie "L'île mystérieuse", souvent considéré comme sa suite puisqu'on y retrouve le fameux capitaine Nemo, que tous croyaient mort après l'odyssée du Nautilus. C'est lui qui veille, en secret, à la sûreté des naufragés échoués sur l'île, l'île Lincoln comme la baptisent avec enthousiasme ces américains acquis à la cause abolitionniste. Ce roman connut plusieurs adaptations au cinéma, la plus fameuse restant la coûteuse production MGM de 1929, L'ILE MYSTERIEUSE, à la réalisation de laquelle se succédèrent Maurice Tourneur (LA MAIN DU DIABLE), Benjamin Christensen (LA SORCELLERIE A TRAVERS LES AGES), puis Lucien Hubbard. Toutefois, à part la présence de Nemo, son scénario n'a que très peu de rapport avec le roman de Verne.

En 1941 paraît une version russe baptisée TAINSTVENNYY OSTROV est réputé plus fidèle à sa source d'inspiration. Elle est hélas devenue fort rare. Enfin, en 1951, le serial Columbia MYSTERIOUS ISLAND, réalisé par Spencer Gordon Bennet et produit par Sam Katzman, sombre dans le délire le plus complet : les naufragés et Nemo affrontent… une invasion extraterrestre !

L'ILE MYSTERIEUSE de Cy Endfield revient donc à des idées un peu plus orthodoxes. On retrouve donc l'évasion et le voyage en aérostat, ainsi que le naufrage sur l'île. Les décors évoquent immanquablement ceux décrits dans le roman, que ce soit les plages sauvages, l'inquiétant cône volcanique surmontant l'île, ou la demeure improvisée de "Granit House" et ses cavernes creusées dans une falaise. Certaines péripéties se retrouvent intactes, comme les interventions providentielles et mystérieuses de Nemo.

Pourtant, le roman de Verne se concentrait avant tout sur l'organisation des naufragés, sur l'utilisation de la science, représentée par l'ingénieur Cyrus Smith, pour domestiquer la nature et construire une véritable petite société. Dans le film de Endfield, tout cela est expédié en quelques scènes, dans des montages rapides. Les personnages sont assez modifiés, le parallèle entre les idées libertaires de Nemo et les valeurs des nordistes se voit totalement évacué. En fait, ici, on semble beaucoup plus miser sur l'action et les scènes spectaculaires que sur les individus et les difficultés qu'ils traversent. Des animaux mutants sont donc ajoutés, comme un crabe géant, un oiseau gigantesque, ou des abeilles d'une taille délirantes, tous dûment et soigneusement animés par Ray Harryhausen. Des scènes impressionnantes, mais qui paraissent tout de même plaquées sur l'intrigue.


Par ailleurs, L'ILE MYSTERIEUSE semble nettement influencé par le 20.000 LIEUES SOUS LES MERS de Disney. Quand bien même Harryhausen s'en défend, le Nautilus s'avère ici plus proche de celui mis en scène par Richard Fleischer que de celui des romans. Surtout, Nemo apparaît beaucoup plus tôt que dans le livre de 1874 et s'avère en bien meilleure santé. On a même droit à quelques séquences, là encore un peu gratuites, paraissant dans la pure tradition du film de 1954 : Nemo et les naufragés se livrent à une exploration des fonds marins en portant des scaphandres autonomes ; ils affrontent même une créature tentaculaire, animée par Ray Harryhausen, monstre sous-marin ne rappelant pas qu'un peu le calmar géant que terrassa Kirk Douglas !

Malgré un scénario et un travail d'adaptation discutables et artificiels, L'ILE MYSTERIEUSE est loin d'être dénué de qualités. Il bénéficie de superbes trucages et de décors retranscrivant, avec un sens réel de la féerie et du merveilleux, l'environnement fabuleux de Lincoln Island. Chatoyant, coloré, il propose quelques tours de force tels que l'attaque du crabe ou l'évasion en montgolfière. Comme dans LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD, la musique à nouveau géniale de Bernard Herrmann fait beaucoup pour imposer une ambiance sauvage, lyrique et profonde.

Sans être le chef-d'oeuvre qu'on pouvait attendre de la rencontre entre Ray Harryhausen et Jules Verne, L'ILE MYSTERIEUSE est tout de même un film d'aventure tout à fait honnête, bien joué, proposant des trucages et des ambiances suffisamment dépaysantes. Après celui-ci, Ray Harryhausen et Charles H. Schneer, s'inspirant sans doute de la mode des péplums fantastiques venus d'Italie, préparent l'adaptation d'une célèbre aventure de la mythologie : leur chef-d'oeuvre JASON ET LES ARGONAUTES !

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LA MALEDICTION DES PHARAONS
THE MUMMY






Au dix-neuvième siècle, trois archéologues font des fouilles en Egypte pour retrouver la sépulture d'une grande prêtresse, sans faire attention à la mise en garde de Mehemet. Lors de la profanation des lieux, l'un des archéologues est victime d'un mal étrange qui le conduira dans un hôpital psychiatrique. Trois ans plus tard, de curieux évènements liés aux fouilles surviennent. La malédiction des pharaons serait-elle plus qu'une simple légende ?

Suite au succès du CAUCHEMAR DE DRACULA, la Hammer Film passe un accord avec Universal de manière à ramener d'autres mythes fantastiques sur les écrans avec pour commencer l'exhumation de la momie. Bien que les introductions soient semblables, LA MALEDICTION DES PHARAONS est pourtant plus proche de LA MAIN DE LA MOMIE (1940, Christy Cabanne) que de la première version réalisée par Karl Freund (1932). Les momies ressuscitées se prénomment toutes deux Kharis, le Im-Ho-Tep de Boris Karloff étant retourné à la poussière, et leur motivation principale est la vengeance des profanateurs. Dans le film original, Im-Ho-Tep recherchait essentiellement la réincarnation de sa princesse bien-aimée, une idée reprise ici mais de façon bien différente.

Lors de la découverte de la tombe d'Ananka, Stephen Banning (Felix Aylmer) découvre un rouleau de papyrus et se met à déchiffrer les hiéroglyphes. La présence de la momie n'est que suggérée. On voit juste Banning prostré sur le sarcophage, tenant des propos incohérents. Trois ans plus tard, il meurt de façon non naturelle dans l'institution qui l'hébergeait. Son fils, John Banning (campé par un Peter Cushing dont le charisme semble quelque peu effacé) fait le lien avec les fouilles, déterminé à découvrir la vérité avant qu'il ne tombe lui-même victime de la menace silencieuse revenue à la vie.

Afin d'expliquer la légende de la momie, Terence Fisher a recours à un long flashback relatant les funérailles d'Ananka, conduites par le prêtre Kharis (Christopher Lee, majestueux !). Le prêtre va desceller le tombeau royal et tenter de réanimer la princesse défunte, son grand amour. Il sera découvert par les gardes qui lui coupent la langue afin de prévenir ses cris (une séquence reprise directement de LA MAIN DE LA MOMIE). La scène a été adoucie par les censeurs de l'époque. En effet, on ne voit Lee que de dos et la lame qui s'abat, coupant net son cri, ne laisse place qu'à un couteau restant propre. Malgré leur sagesse, les Egyptiens ne semblaient pas savoir que la parole et autres cris provenaient non de la langue mais des cordes vocales au fond de la gorge Ceci ne sera pas la seule illogisme du film. Kharis sera ensuite enveloppé de bandelettes et enterré vivant auprès de sa princesse.

Durant cette longue séquence, Fisher nous offre des images de toute beauté au niveau des costumes et des décors de l'Egypte ancienne pourtant tourné intégralement en studio. Le Technicolor rend une belle justice aux couleurs flamboyantes de la dorure et du turquoise des bijoux ainsi qu'à la procession funéraire. Des statuettes de dieux anciens sont fidèlement reproduites ainsi que tous les objets servant à une momification qui, encore une fois, n'est que suggérée.

Fisher ne disposait que de peu de moyens pour réaliser son film. Ayant réouvert après la deuxième guerre mondiale, la Hammer est devenue une sorte d'usine familiale. Leurs films marchaient bien, alors pour en produire un maximum, les conditions de tournage étaient limitées. La pré-production était réduite au stricte nécessaire et les réalisateurs se voyaient dans l'obligation de rendre un produit fini en l'espace de seulement un nombre limité de jours. L'un des avantages était certainement de retrouver une équipe technique que l'on connaissait déjà, y compris au niveau des acteurs.

Au fil du temps, Lee et Cushing sont devenus de véritables légendes du cinéma fantastique, au même titre que Boris Karloff ou Bela Lugosi. Avant de tourner ensemble dans LA MALEDICTION DES PHARAONS, Fisher les avait dirigés ensemble ou séparément dans d'autres production de la Hammer, les trois hommes étant devenu à ce moment là incontournable dans les films d'horreur gothique du studio britannique. Citons simplement FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE !, LE CAUCHEMAR DE DRACULA ou LE CHIEN DES BASKERVILLE. Fisher continua sur sa lancée et retrouva ses deux comédiens fétiches dans plusieurs autres films au fil des ans. Sa dernière oeuvre fantastique, toujours pour la Hammer Film, fut
Article ajouté le 2007-11-14 , consulté 11 fois

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